ENTRE DÉTRESSE IMMOBILIÈRE ET THÉOLOGIE DE LA SENTENCE : L’étrange tribune médiatique de l’Apôtre Guy Bertrand Temba à Douala.

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Lors d’une conférence de presse très courue ce samedi au quartier Akwa (Douala 1er), l’Apôtre Guy Bertrand Temba, promoteur de la chaîne Seven Days Action Espoir TV et président de l’ONG Impact, s’est livré à un grand déballage public. Affirmant subir dix-neuf années de persécutions systémiques, de spoliations foncières et de blocages professionnels, l’homme d’Église et architecte a formulé de graves accusations financières et spirituelles à l’encontre de tiers. Toutefois, cette tribune, oscillant entre litige de droit commun et théocratie judiciaire, interroge par l’absence totale de preuves matérielles et la mise en scène d’un tribunal d’opinion insolite.

Dans les métropoles africaines en proie à des réformes foncières complexes et à des engorgements judiciaires chroniques, la frontière entre le droit civil et le recours au sacré tend parfois à se dissoudre. À Douala, la sortie médiatique de l’Apôtre Guy Bertrand Temba offre une illustration saisissante de ce syncrétisme où les griefs immobiliers se muent en une guerre spirituelle globale. Devant les professionnels des médias, l’homme de Dieu s’est positionné non pas comme un simple justiciable en quête de réparation, mais comme l’exécuteur d’une « sentence céleste » face à une adversité qu’il qualifie de systémique et d’éthnicisée.

Un passif financier vertigineux et des griefs structurels sans preuves

Le récit livré par l’Apôtre Temba frappe d’emblée par la démesure des chiffres avancés. Évaluant le préjudice cumulé de ses créances impayées à près de 100 milliards de francs CFA — somme imputée à divers locataires et partenaires d’affaires défaillants —, l’architecte-pasteur dénonce un complot ourdi contre son essor professionnel et son identité Bamiléké.

Au cœur de ses récriminations figurent des différends locatifs de haute tension, notamment à l’encontre de praticiens du droit (des avocats) qu’il accuse de bloquer délibérément l’accès à ses propres locaux depuis deux ans. Si la réalité des litiges locatifs et de la double vente de terrains est un fléau urbain avéré à Douala, la singularité de la démarche de l’Apôtre réside dans la théologisation du conflit. Le pasteur affirme en effet que ce long chemin de croix est un « parcours initiatique » voulu par la Providence afin de le préparer à une mission de défense des spoliés de la terre.

Le tribunal d’opinion et l’annonce des « sentences de sept jours »

La conférence de presse a pris une tournure inédite lorsque l’homme d’Église a projeté les photographies de plusieurs de ses détracteurs présumés. Dans un exercice s’apparentant à un tribunal populaire à charge, chaque visage était assorti de qualificatifs infamants et de demandes de réparations financières arbitraires.

L’Apôtre Temba a exposé son propre protocole de justice : un examen unilatéral du litige, suivi de l’annonce d’une « sentence » spirituelle et financière que les personnes incriminées ont l’obligation d’exécuter sous un délai de sept jours, sous peine de sanctions métaphysiques. Cependant, ce réquisitoire n’a été étayé par aucun document comptable, titre de propriété ou décision de justice vérifiable. Les accusés, absents de cette tribune unilatérale, se sont retrouvés exposés à la vindicte populaire sans possibilité de contradictoire, illustrant la dérive d’une communication médiatique instrumentalisée comme arme de coercition spirituelle.

La neutralité déontologique de la presse face au syncrétisme judiciaire

Face à ce déballage de accusations mêlant spoliation foncière, sorcellerie domestique (notamment des allégations de restrictions d’aération occulte à son domicile) et réclamations de milliards de francs CFA, la presse se retrouve face à un cas d’école déontologique.

La Voix de l’Afrique, fidèle aux principes de la charte de Munich, choisit de rapporter la tenue de cet événement et la teneur des déclarations de l’Apôtre Temba sous le strict bénéfice de l’inventaire. En l’absence de preuves matérielles concrètes et face au silence contraint des personnes accusées, l’analyse des faits impose la plus grande réserve. La sortie d’Akwa révèle moins une affaire de spoliation avérée qu’un symptôme sociologique profond : celui d’une quête de justice parallèle où, faute de confiance dans les institutions temporelles, les acteurs sociaux en appellent à un tribunal céleste dont ils s’autoproclament les magistrats.

Dr Georges Martial Ngalieu
Journaliste – Écrivain
Directeur de publication
Expert consultant international en stratégie Marketing et communication politique

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