Réunis à Douala du 5 au 9 octobre 2026 à l’Hôtel Sawa, les délégués des six pays membres de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC), flanqués de leurs partenaires multilatéraux, ont scellé le sauvetage opérationnel du projet STDF/PG/768. Dédié à l’harmonisation du cadre législatif et réglementaire phytosanitaire sous-régional, ce programme stratégique accusait un déficit d’exécution de près de 72 %. Entre refonte du cadre logique, signature d’un accord décisif avec la FAO et intégration transversale des questions de genre et de biosécurité, le pôle agronomique d’Afrique centrale tente un sursaut salvateur.

Un diagnostic sans complaisance : 72 % d’activités en souffrance
Lancé avec faste en juin 2024, le projet d’harmonisation phytosanitaire sous l’égide du Pôle Régional de Recherche Appliquée au Développement des Systèmes Agricoles d’Afrique Centrale (PRASAC) a rapidement achoppé sur les écueils bureaucratiques. Prévu initialement sous une cotutelle technique entre la Convention Internationale pour la Protection des Végétaux (CIPV) et la FAO, le volet réglementaire s’est heurté à des pesanteurs procédurales insurmontables, paralysant le calendrier prévisionnel.
Le constat dressé lors de la session d’ouverture à Douala par le Directeur Général du PRASAC, M. Jean-Louis Mihindou Doukaga, aux côtés du Dr Édouard Nya, représentant du ministre camerounais de l’Agriculture et du Développement Rural (MINADER), a eu le mérite de la franchise : près de trois quarts (72 %) des jalons programmatiques n’ont pas été atteints à date.
Pour sortir de cette léthargie, un compromis tripartite articulé avec le Fonds pour l’Application des Normes et le Développement du Commerce (STDF, adossé à l’OMC) a débouché, en mars 2026, sur la signature d’une convention directe avec le service du droit du développement de la FAO (FAO-LEGN). C’est ce nouveau partenariat qui a servi de socle technique à l’atelier de relance tenu dans la métropole économique camerounaise.

Le défi normatif : bâtir une digue juridique contre les bio-invasions
Dans un espace communautaire CEMAC où le commerce transfrontalier de denrées agricoles connaît une croissance constante, l’absence de normes harmonisées constitue une vulnérabilité critique.
Les défaillances dans l’application des Mesures Sanitaires et Phytosanitaires (SPS) exposes non seulement les écosystèmes locaux à des ravageurs dévastateurs, mais entraînent également des refoulements de cargaisons aux frontières internationales.
Les assises de Douala, conduites sous la présidence de Mme Alphonsine Louhouari Tokozaba (Congo), ont permis de clarifier la trajectoire juridique. Avec l’appui du Comité Phytosanitaire d’Afrique Centrale (CPAC) et du Conseil Phytosanitaire Interafricain de l’Union Africaine (CPI-UA), les experts ont acté le déploiement du module 2 de l’Évaluation des Capacités Phytosanitaires (ECP).
Ce processus diagnostique, soutenu financièrement par le projet E-Phyto de la CIPV pour quatre pays et pris en charge directement par le PRASAC pour le Congo et la Guinée Équatoriale, débouchera sur la rédaction d’un instrument communautaire contraignant, assorti d’un régime de sanctions contre la circulation illicite des pesticides non homologués. La question controversée du glyphosate a notamment été clarifiée : bénéficiant encore d’autorisations provisoires de vente dans l’espace CEMAC, son encadrement devra converger vers les référentiels du Codex Alimentarius et de l’OMSA.

Refonte programmatique et impératifs méthodologiques
Face aux exigences de redevabilité du STDF, la plénière s’est astreinte à une révision intégrale des outils de pilotage. Le Cadre Logique et le Plan de Travail et Budget Annuel (PTBA) ont été alignés sur la plateforme de suivi-évaluation en ligne LogAlto.
Parmi les arbitrages majeurs, les participants ont réajusté le taux prévisionnel d’interceptions de marchandises suspectes aux frontières (initialement calé à 50 %) pour l’adapter aux capacités réelles des Organisations Nationales de Protection des Végétaux (ONPV).
Parallèlement, la dimension sociologique a émergé comme un marqueur fort grâce à la restitution de l’audit genre mené par la consultante Binta Baldé. Les données d’enquête ont souligné une réalité alarmante : bien que les femmes constituent la force motrice de la main-d’œuvre agricole en Afrique centrale, elles demeurent les plus exposées aux intoxications chimiques en raison d’un déficit aigu de formation sur le maniement sécurisé des produits phytopharmaceutiques. Les résolutions de Douala imposent désormais la transversalité du genre, incluant les jeunes et les peuples autochtones, dans toutes les phases des ECP.

Recommandations : vers une prorogation indispensable
Au terme des travaux, une motion unanime s’est dégagée à l’endroit du STDF pour solliciter une prorogation calendaire du projet STDF/PG/768, condition sine qua non pour absorber le retard structurel et mener à bien le recrutement des consultants juristes nationaux. Les États membres se sont, pour leur part, engagés à respecter scrupuleusement le calendrier de déploiement des missions d’audit territorial.
En transformant un constat d’échec initial en sursaut méthodologique, l’atelier de Douala pose les bases d’une souveraineté phytosanitaire régionale. Il appartient désormais aux ministères de tutelle de la sous-région de traduire ces ambitions techniques en décrets d’application harmonisés.
Dr Georges Martial Ngalieu
Journaliste – Écrivain
Directeur de publication
Expert consultant international en stratégie Marketing et communication politique

