DIGITALISATION DE L’ÉDUCATION DE BASE : Yakili et les Parties Prenantes se Rencontrent à Douala.

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_*Les acteurs de l’éducation de base de la région du Littoral se sont réunis à Douala, lors d’un symposium inédit, pour débattre de la transformation numérique du secteur de l’enseignement primaire au Cameroun. Près de 200 promoteurs de l’éducation ont assisté à cet événement, orchestré par la société technologique Yakili, visant à réduire l’écart entre l’enseignement traditionnel et la pédagogie numérique moderne.*_

Un Nouveau Paradigme Pédagogique

Au cœur des discussions, il est apparu que la digitalisation va bien au-delà de la simple intégration de matériel informatique. Les représentants de Yakili ont souligné que l’essentiel réside dans une transformation profonde des méthodes d’apprentissage des enfants. Le parcours éducatif traditionnel, basé sur la mémorisation, doit céder la place à une approche plus interactive et engageante. Yakili propose une plateforme qui utilise des contenus visuels animés pour aider les élèves à appréhender des concepts complexes. Par exemple, plutôt que de se contenter de lire des notions de biologie, les élèves peuvent visionner des animations illustrant le flux d’oxygène dans le corps humain ou le processus de croissance d’une plante à partir d’une graine.

Un représentant de Yakili a affirmé avec conviction : « Nous voulons que nos enfants comprennent ce qu’ils voient, et non qu’ils mémorisent juste ce qu’ils entendent. Nos outils illustrent le curriculum ‘analogique’ de manière numérique, facilitant ainsi la compréhension des leçons pour un élève d’une école rurale. »

Le Rôle Central des Enseignants

Un des enseignements majeurs de cette rencontre a été que les outils numériques ne sont d’aucune utilité sans des éducateurs qualifiés. Michael Enowchong, PDG de Yakili, a précisé que leur partenariat avec le Secrétariat de l’Éducation (SEDUC) met l’accent sur la formation des enseignants. « Le processus de digitalisation doit commencer par les enseignants, pas par les élèves », a-t-il expliqué. Le programme de formation des enseignants Yakili a ainsi été lancé pour les familiariser à l’utilisation des ressources numériques et des tableaux interactifs, en se basant sur le curriculum fourni par le ministère de l’Éducation de base.

Les résultats d’un programme pilote de sept mois, mené pendant l’année académique 2025-2026, ont été impressionnants : 40 salles de classe équipées, 590 enseignants formés, et 7 800 élèves connectés à la plateforme. Pourtant, malgré cet enthousiasme affiché, plusieurs promoteurs d’établissements scolaires ont exprimé des inquiétudes concernant le « fossé numérique » et les barrières financières qui subsistent. Virginie Ketchajuen, une promotrice d’école, a salué cette initiative mais a appelé à un soutien externe : « C’est une grande idée pour nos enfants, mais les coûts sont élevés. Nous avons besoin d’un soutien technique et financier pour réaliser cette ambition pour toutes les écoles », a-t-elle plaidé.

Controverses et Défis Organisationnels

Cependant, le symposium ne fut pas exempt de controverses. Barthélémy Basson, secrétaire national des Écoles privées, a exprimé son mécontentement quant à la faible participation des propriétaires d’écoles. « La digitalisation a été mise en œuvre dans l’enseignement secondaire depuis un certain temps ; il faut davantage de temps pour qu’elle prenne forme dans l’éducation de base », a noté Basson. Il a attribué certaines des difficultés organisationnelles à des conflits de leadership récents et à des cas avérés de « corruption » au sein des instances administratives, spécifiquement en faisant mention du renvoi de l’ancien secrétaire d’Éducation, M. Takusok Etienne. Basson a promis d’initier des rencontres à l’échelle nationale pour garantir que cette « innovation pédagogique » soit déployée sur l’ensemble du territoire national.

Une Coordination Multi-sectorielle

Le symposium a également agi comme une plateforme multi-sectorielle. En plus des technologies éducatives, la Direction Générale des Impôts (DGI) était présente pour sensibiliser les fondateurs d’écoles aux politiques fiscales affectant les établissements privés. De même, la mairie de Douala a apporté des conseils sur les normes d’hygiène environnementale requises pour la prochaine année académique, montrant ainsi l’importance d’une approche holistique pour accompagner la transformation du système éducatif.

Connectivité et Accessibilité

Pour les établissements sensibles à la question de la connectivité, Yakili a mis en avant que leur système fonctionne hors ligne via des serveurs locaux. À domicile, les élèves peuvent accéder à LUNA, une application conçue autour du curriculum national, incluant des leçons vidéo, des devoirs et des outils de recherche, garantissant que l’apprentissage se poursuive même après les heures de classe. Ce modèle hybride permet non seulement de surmonter les problèmes de connectivité, mais aussi de s’assurer que chaque élève, quel que soit son milieu socio-économique, puisse bénéficier des ressources pédagogiques modernes.

Une Vision d’Avenir

L’ambition de Yakili et des acteurs présents au symposium ne se limite pas à transformer l’éducation de base à court terme ; elle vise à construire un avenir où chaque enfant camerounais aura les mêmes opportunités d’apprentissage, indépendamment de sa localisation géographique. En repensant l’approche éducative à travers le prisme de la technologie, le projet aspire à créer un système résilient, capable de s’adapter aux évolutions nécessaires dans un monde en constante mutation.

Vers une Réforme Éducative Durable

Le symposium de Douala represente une étape significative dans la transformation numérique de l’éducation de base au Cameroun. Si les défis soulevés, tels que le financement et la formation des enseignants, sont réels, les initiatives comme celles de Yakili ouvrent la voie à une éducation plus inclusive et interactive. L’engagement des différents acteurs, gouvernementaux et privés, sera essentiel pour assurer une mise en œuvre réussie et pérenne de cette réforme.

Le succès de ce projet repose sur une vision collective où la technologie et l’humanité se conjuguent pour offrir aux enfants les clés d’un avenir meilleur. L’éducation, véritable pilier du développement d’une nation, doit s’inscrire dans une démarche dynamique et proactive, visant à cultiver des esprits critiques et innovants. Alors que le Cameroun aspire à moderniser son système éducatif, il est impératif que chacun prenne part à cette transformation, car l’éducation n’est pas seulement une nécessité, mais un droit pour chaque enfant.

Ainsi, alors que nous nous tournons vers l’avenir, il est crucial de garder à l’esprit que l’éducation est l’un des investissements les plus précieux que l’on puisse faire. En renforçant la digitalisation et en formant les enseignants, le Cameroun peut bâtir un système éducatif inspirant qui fera progresser la société vers de nouveaux sommets de connaissance et de compréhension. Avec une détermination partagée et des ressources adéquates, la révolution éducative intégrant les technologies numériques pourrait servir de modèle pour d’autres nations cherchant à évoluer dans le même sens.

La route vers une éducation digitale et inclusive est pavée d’optimisme, mais elle nécessite l’engagement de tous : des éducateurs aux responsables politiques, en passant par les communautés et les familles. En unissant nos efforts, nous pouvons transformer les défis en opportunités et faire de l’éducation une véritable force motrice de développement pour le Cameroun.

Dr Georges Martial Ngalieu
Journaliste – Écrivain
Directeur de publication
Expert consultant international en stratégie Marketing et communication politique

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