Akwa, cœur battant de Douala, a été paralysée ce jeudi 12 juin 2025 par une vague de protestations spontanées. Des dizaines de conducteurs de motos-taxis, acteurs essentiels du transport urbain, ont bloqué la circulation, exprimant leur ras-le-bol face à une nouvelle mesure imposée par la Communauté Urbaine de Douala (CUD) : le port obligatoire de chasubles aux couleurs de la société de téléphonie mobile MTN.
La tension, palpable dès la matinée, a culminé aux environs de 11h à Mobile Bonakouamouang. L’étincelle…? Une opération de confiscation menée par les forces de l’ordre et la police municipale contre des moto-taximen ne respectant pas la nouvelle réglementation. La CUD justifie cette obligation comme un moyen d’identifier et d’encadrer l’activité des conducteurs de motos-taxis. Pourtant, la pilule a du mal à passer.

« Nous ne sommes pas contre le respect des règles, » explique, avec une voix empreinte de colère contenue, Jean-Pierre, un moto-taximan donc sa moto a été confisqué sur la route et embarqué dans le camion. « Ce qui nous révolte, c’est qu’on nous force à faire de la publicité pour MTN ! On nous impose des dépenses exorbitantes pour être en règle, plus de 55 000 FCFA de papiers et nous l’avons ! Et maintenant, on doit en plus porter ces chasubles comme des panneaux publicitaires ambulants. »

La grogne est profonde. Au-delà du coût des chasubles, c’est le sentiment d’être exploité qui domine. « La CUD nous pressure déjà avec les taxes et les papiers, » renchérit un autre manifestant, le visage tendu. « L’argent que nous dépensons pour être en règle va dans les caisses de l’État, c’est normal car, c’est notre pays. Mais ce chasuble, c’est un business entre la CUD et MTN. Qu’est-ce qu’on y gagne, nous, à faire la promotion d’une multinationale étrangère ? »
La situation est d’autant plus frustrante que les contrôles se multiplient, même pour ceux qui sont en règle. « Aujourd’hui, la police municipale et les forces de maintien de l’ordre nous arrêtent sans cesse, alors que nous avons tous les documents, » déplore un autre moto-taximan. « On a l’impression d’être pris pour cible. »


Les revendications sont claires : les moto-taximen ne refusent pas de se conformer à la loi, mais ils exigent que la CUD revoie sa copie. « Si la CUD veut vraiment qu’on porte ces chasubles MTN, qu’elle nous aide en retour, » implore un manifestant. « Qu’elle réduise le coût des papiers et qu’elle nous donne plus de temps pour nous mettre en conformité. Qu’elle nous montre qu’elle se soucie de nous, au lieu de penser seulement à son partenariat avec MTN. »

Face à la montée de la tension, la gendarmerie a déployé des renforts pour éviter tout débordement. Des usagers, pris au piège de la manifestation, ont dû faire preuve de patience et de flexibilité pour contourner la zone bloquée et une procédure de restitution des motos saisies mise en place immédiatement par les forces de maintien de l’ordre et les agents de la police municipale de la cud.

Cette crise met en lumière les difficultés rencontrées par les moto-taximen de Douala, souvent considérés comme les « oubliés » du développement urbain. Elle souligne également la nécessité d’un dialogue constructif entre les autorités et les acteurs du secteur informel, afin de trouver des solutions équitables et durables qui tiennent compte des réalités économiques et sociales de la population. La balle est désormais dans le camp de la CUD.
Dr Georges Martial Ngalieu
Journaliste – Écrivain
Directeur de publication
Expert consultant international en stratégie Marketing et communication politique universelle

