PRÉSIDENTIELLE 2025 : LE MINCOM CONVOQUE SON CÉNACLE, LA « VÉRITÉ APAISÉE » SORTIRA DES URNES… ET DE YAOUNDÉ.

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Tic-tac, tic-tac… L’horloge de la démocratie camerounaise, toujours aussi ponctuelle quand il s’agit de rituels bien huilés, égrène ses dernières heures avant le grand dénouement. Dans moins de 48 heures, le Conseil Constitutionnel, gardien zélé de l’ordre établi, s’apprête à nous révéler, non sans un certain panache, les chiffres tant attendus de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025. Un événement majeur, nous dit-on, qui se déroulera le lundi 27 octobre, dès 11h, au majestueux Palais des Congrès, temple des annonces officielles et des ovations mesurées.

Mais avant que la messe ne soit dite, avant que les résultats ne soient gravés dans le marbre de la « vérité » officielle, il fallait bien que le Maestro du verbe gouvernemental, l’inénarrable René Emmanuel SADI, Ministre de la Communication et Porte-parole attitré, ne sorte de sa réserve. Et comme à son habitude, avec la précision d’un horloger suisse et la discrétion d’un éléphant dans un magasin de porcelaine, il a lancé un appel à ses troupes. Non pas à l’ensemble de la vibrante et parfois turbulente presse camerounaise, non. Mais à une sélection triée sur le volet, un aréopage de « Directeurs de Publications » soigneusement choisis pour leur… disons, leur compréhension des enjeux nationaux.

Ce vendredi 24 octobre 2025, à partir de 14 heures, l’auditorium du Ministère de la Communication à Yaoundé, ce sanctuaire de la pensée unique, a donc accueillis les heureux élus. Ceux-là mêmes qui, depuis des lustres, ont prouvé leur indéfectible loyauté au système en place, leur capacité à interpréter la réalité selon la partition officielle, et leur talent à transformer les dissonances en harmonie consensuelle. Les autres, les « patrons de presse » qui osent parfois penser hors des sentiers battus, ceux qui résident dans les lointaines Régions où le soleil se lève différemment, ou simplement ceux qui n’ont pas encore reçu leur brevet de « journaliste responsable » estampillé par le pouvoir, ont été, comme de coutume, relégués au rang de spectateurs. Ou pire, d’invisibles.

L’objet de cette « concertation » – terme délicat pour désigner une séance d’instruction – est d’une limpidité cristalline : « échanger avec les professionnels des médias sur les modalités d’encadrement de la proclamation officielle des résultats ». « Encadrement », voilà un mot qui sonne doux à l’oreille du pouvoir. Il ne s’agit pas de débattre, encore moins de questionner, mais bien de cadrer, de baliser, de canaliser le flux d’informations. L’objectif principal, selon la vulgate ministérielle, est de « favoriser un traitement responsable de l’information et de préserver la paix sociale en cette période sensible marquée par des tensions post-électorales ».

Traduction libre pour les non-initiés : il s’agit de s’assurer que la presse choisie ne dévie pas d’un iota de la ligne officielle, que tout questionnement sur la transparence du scrutin soit étouffé dans l’œuf, et que la « paix sociale » – comprendre le silence assourdissant des mécontents – soit maintenue à tout prix. Le gouvernement, dans un élan de sollicitude paternaliste, appelle ainsi « les acteurs des médias » – entendez les quelques privilégiés présents – à la « retenue », à la « neutralité », et à une « communication apaisée ».

« Retenue », c’est-à-dire ne pas trop en dire, surtout pas ce qui pourrait froisser. « Neutralité », c’est-à-dire adopter la position du pouvoir, car toute autre position serait par définition « partisane ». Et « communication apaisée », c’est-à-dire une communication anesthésiée, dénuée de toute aspérité, de toute critique, de tout écho des voix discordantes qui, elles, ne sont pas invitées à la table.

En somme, à 48 heures de la proclamation des résultats, alors que le peuple attend de savoir si sa voix a été entendue ou une fois de plus confisquée par « l’ordre de 82 » qui « bourre les urnes et falsifie les PV », le Ministère de la Communication orchestre une ultime répétition. Une répétition générale pour s’assurer que le grand numéro des résultats se déroulera sans accroc, sous les projecteurs complaisants d’une presse domestiquée, loin des regards curieux et des questions gênantes. Le rideau est sur le point de se lever sur une nouvelle pièce du théâtre politique camerounais, et le scénario, il va sans dire, est déjà écrit.

Dr Georges Martial Ngalieu
Journaliste – Écrivain
Directeur de publication
Expert consultant international en stratégie Marketing et communication politique

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