L’AFFAIRE GLENCORE ET LE MAL CAMEROUNAIS : Quand l’Impunité Défie la Souveraineté du Droit.

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_*L’hydre de la corruption, par ses métastases profondes, semble avoir pétrifié l’appareil judiciaire camerounais. Entre le scandale planétaire de la société Glencore et l’inertie des tribunaux nationaux, le contraste est saisissant. Analyse d’un système de répression en déshérence qui, malgré un arsenal juridique international foisonnant, peine à briser les réseaux d’influence et à restaurer la dignité de la fortune publique.*_

Au Cameroun, la lutte contre la corruption ressemble désormais à un combat d’ombres où les instigateurs, protégés par des réseaux d’influence arachnéens et une fragilité structurelle des tribunaux d’instance, échappent systématiquement au glaive de la justice. Ce constat, amer mais lucide, révèle une inefficacité chronique : la justice, au lieu d’être le rempart de la probité, semble avoir rendu les armes devant la personnalité des prévaricateurs.

*L’Affaire Glencore : Le Miroir de notre Impuissance*

L’illustration la plus flagrante de cette apathie institutionnelle réside dans l’onde de choc provoquée par l’affaire Glencore. Devant la Southwark Crown Court au Royaume-Uni et sous la pression du Department of Justice (DOJ) aux États-Unis, le géant du secteur pétrolier a avoué l’innommable : le versement de pots-de-vin s’élevant à plus de 7 milliards de FCFA à certains responsables de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) et de la SONARA.

En échange de ces prébendes, Glencore bénéficiait d’un rabais de 30 % sur le pétrole brut camerounais, spoliant ainsi le Trésor public de ressources vitales. Si Londres et Washington ont déjà prononcé des condamnations historiques — dépassant les 600 milliards de FCFA d’amendes — le Cameroun, lui, s’enfonce dans un mutisme troublant. Malgré l’ouverture d’une instruction judiciaire au Tribunal Criminel Spécial (TCS) sur très hautes instructions du Président de la République, le dossier semble frappé de léthargie. Pourquoi la Commission Nationale Anti-Corruption (CONAC) s’est-elle murée dans le silence face à ce pillage manifeste de la souveraineté économique ?

*Un Arsenal Juridique Inexploité : Le Paradoxe de l’Inaction*

Le drame n’est pas l’absence de lois, mais l’absence de volonté. Le Cameroun est pourtant signataire de conventions internationales puissantes, qu’il s’agisse de celles de l’ONU, de l’Union Africaine ou de l’OCDE. La Convention des Nations Unies contre la corruption offre des instruments d’une efficacité redoutable que le pays ignore superbement.

Le juge camerounais pourrait, sur la foi de ces accords, activer l’entraide judiciaire pour obtenir des relevés bancaires à l’étranger, diligenter des perquisitions internationales, ou encore exiger l’extradition des dirigeants de Glencore pour qu’ils répondent de leurs actes sur le sol camerounais. Mieux encore, la restitution des produits de la corruption — ce manque à gagner colossal sur les ventes de pétrole — est une possibilité juridique concrète. Pourtant, l’internationalisation de ces dispositions tarde à s’incarner dans la pratique de nos tribunaux, laissant la corruption « libre et généralisée ».

De la Corruption de Proximité au Scandale de la CAN.

Le mal est profond car il est multiforme. Il y a, d’une part, la corruption « naturelle » du quotidien : ce pot-de-vin exigé par un fonctionnaire pour un document administratif gratuit, ou cette somme versée à un chef coutumier pour débloquer une procédure foncière. Il y a, d’autre part, la corruption criminelle des entités, celle des milliards évaporés dans l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) ou dans la passation des marchés publics.

Dans ce sombre tableau, les décisions de justice elles-mêmes sont parfois suspectées de ne plus dire le droit, mais de rémunérer le plus offrant. Cette érosion de la confiance envers l’institution judiciaire est le signe d’un système qui ne sanctionne plus que les « petits », laissant les architectes du grand banditisme financier voguer en toute impunité.

Vers un Nouveau Paradigme : Responsabilité et Objectivité

L’erreur serait cependant de céder au raccourci facile qui consisterait à imputer la corruption uniquement aux hommes au pouvoir. Pour l’éradiquer, il faut d’abord l’appréhender comme un fait objectif concernant des processus et des transactions, et non comme une fatalité liée à un chef d’État ou à un gouvernement. Changer les hommes sans changer les mécanismes de contrôle est une illusion.

Cependant, le futur gouvernement se doit d’être le fer de lance de cette rupture. La résolution des affaires Glencore, de la CAN et des marchés publics n’est pas une option, c’est un impératif de survie nationale. Les fonctionnaires et agents impliqués au plus haut niveau, ainsi que les corrupteurs et leurs complices, doivent rendre des comptes.

Le Cameroun ne pourra prétendre à l’émergence tant que sa justice restera captive de réseaux occultes. La lutte contre la corruption doit cesser d’être un slogan pour redevenir une réalité judiciaire implacable. Seule la fin de l’impunité permettra de réconcilier le citoyen avec la loi et de garantir que les richesses du pays profitent enfin à l’ensemble de la nation, et non à une minorité de prédateurs insatiables.

Dr Georges Martial Ngalieu
Journaliste – Écrivain
Directeur de publication
Expert consultant international en stratégie Marketing et communication politique

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