GUINÉE CONAKRY : LES FORCES VIVES NE RECONNAÎTRONT PLUS LA TRANSITION À PARTIR DU 31 DÉCEMBRE 2024. QU’EST-CE QUI N’A PAS MARCHÉ JUSQUE LÀ…???

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La Guinée Conakry est à la croisée des chemins. La date du 31 décembre 2024, initialement perçue comme un jalon vers un retour à l’ordre constitutionnel après le coup d’État du 5 septembre 2021, est désormais synonyme de tensions et d’incertitudes. Un large front de forces vives, regroupant des partis politiques, des organisations de la société civile, des syndicats et des personnalités influentes, a déclaré qu’il ne reconnaîtra plus la légitimité de la transition dirigée par le CNRD (Comité National du Rassemblement pour le Développement) au-delà de cette échéance. Cette prise de position radicale jette une lumière crue sur les errements d’un processus qui, initialement, suscitait un certain espoir de renouveau démocratique.

L’arrivée au pouvoir du CNRD, mené par le Colonel Mamadi Doumbouya, avait été accueillie avec un soulagement palpable par une population lassée des régimes autoritaires et de la corruption endémique. L’engagement de restaurer un État de droit, de lutter contre l’impunité et d’organiser des élections libres et transparentes avait suscité de légitimes attentes. Or, trois ans plus tard, force est de constater que les promesses peinent à se concrétiser.

*Un calendrier électoral sans cesse repoussé : le cœur du problème*

Le principal grief des forces vives réside dans le report constant du calendrier électoral. Initialement prévu pour une durée de 36 mois, le processus transitoire semble s’éterniser, alimentant les soupçons d’une volonté de se maintenir au pouvoir au-delà du délai imparti. Cette absence de clarté sur l’échéancier électoral est perçue comme une manœuvre dilatoire visant à consolider le pouvoir du CNRD au détriment d’une réelle transition démocratique. Les consultations avec les acteurs politiques et sociaux, bien que formellement organisées, sont dénoncées comme des simulacres, vidées de leur substance.

*Répression et restrictions des libertés fondamentales : une dérive autoritaire*

L’autre point noir de cette transition est la dérive autoritaire du régime. Les manifestations pacifiques sont réprimées avec violence, les leaders d’opinion critiques sont arrêtés et emprisonnés, et les libertés d’expression et de la presse sont entravées. Cette répression vise à museler toute voix dissidente, empêchant ainsi un débat démocratique sain et constructif. L’espace civique, déjà fragile, se rétrécit sous l’effet de ces restrictions liberticides. Le discours de fermeté et de discipline du CNRD s’est peu à peu mué en une pratique de l’arbitraire, éloignant le pays des valeurs démocratiques.

*Les maux persistants : corruption, impunité et crise socio-économique*

Les problèmes structurels qui ont conduit au coup d’État de 2021 n’ont pas été résolus, bien au contraire. La corruption reste endémique, l’impunité des auteurs de crimes économiques et de violations des droits humains perdure, et la crise socio-économique continue de frapper de plein fouet les populations les plus vulnérables. Les mesures mises en œuvre par le gouvernement de transition semblent inefficaces, voire contre-productives. Les ressources du pays, en particulier les richesses minières, continuent d’être exploitées sans véritable retombée positive pour la majorité des Guinéens. La pauvreté, le chômage et le manque d’accès aux services de base alimentent le mécontentement social.

*Un dialogue national enlisée : la fracture entre le pouvoir et la société civile*

Le dialogue national, censé être un cadre de discussion et de consensus entre les différentes parties prenantes, s’est enlisé dans des querelles de personnes et des manœuvres politiciennes. Les forces vives, se sentant marginalisées et ignorées, ont perdu confiance dans la volonté du CNRD de conduire une transition inclusive et transparente. La fracture entre le pouvoir et la société civile s’est accentuée, rendant impossible la recherche d’un compromis. Cette crise de confiance est un obstacle majeur à une sortie de crise pacifique et durable.

*Des facteurs exogènes : un contexte régional fragile*

La situation en Guinée Conakry s’inscrit également dans un contexte régional marqué par une instabilité politique et des coups d’État militaires. La multiplication des transitions militaires en Afrique de l’Ouest, souvent suivies de dérives autoritaires, suscite des inquiétudes quant à la pérennité des processus démocratiques. Les ingérences extérieures, notamment de la part de puissances régionales et internationales, contribuent également à fragiliser la situation.

*Que faire face à l’impasse ?*

L’annonce du non-reconnaissance de la transition par les forces vives guinéennes constitue une sonnette d’alarme. Elle expose le risque d’une confrontation ouverte et d’une spirale de violence. Plusieurs scénarios sont possibles : une radicalisation de l’opposition, une répression accrue de la part du pouvoir, voire une nouvelle crise institutionnelle. Il est impératif de privilégier la voie du dialogue et de la négociation. Une transition réussie nécessite une réelle volonté politique, le respect des engagements pris, l’inclusion de toutes les composantes de la société guinéenne et la mise en œuvre de réformes profondes.

Il y a urgence à renouer le fil du dialogue et à construire un nouveau pacte social. La Guinée Conakry mérite un avenir de paix, de stabilité et de prospérité, fondé sur des institutions démocratiques solides, le respect des droits humains et une réelle justice sociale. L’enjeu dépasse le simple cadre de la politique intérieure : il concerne l’ensemble de la région et la crédibilité des transitions démocratiques en Afrique. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si les dirigeants actuels sont prêts à saisir cette dernière chance de construire une transition authentique ou s’ils préféreront s’enfermer dans une logique de pouvoir solitaire, ouvrant la voie à tous les dangers.

Georges Martial Ngalieu

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