La Côte d’Ivoire retient son souffle. Alassane Dramane Ouattara, président de la République depuis 2011, a annoncé ce mardi sa candidature pour un quatrième mandat à la tête du pays. L’information, révélée par Gilbert Koné Kafana, ministre d’État et directeur de campagne du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), a été accueillie par des réactions contrastées, plongeant le pays dans un climat politique tendu. L’annonce, faite au Palais des Sports de Treichville, à Abidjan, a été suivie d’un discours de Ouattara retransmis en direct à la télévision nationale.
Cette décision, inattendue pour une partie de la population, survient alors que le chef de l’État avait pourtant promis de ne pas se représenter en 2020, ouvrant la voie à son dauphin, Amadou Gon Coulibaly, décédé subitement l’année suivante. Cette promesse, réitérée à plusieurs reprises, avait été perçue comme un gage de stabilité et un pas vers une transition politique apaisée. Son revirement suscite donc un vif débat au sein de la classe politique et de la société civile.
Les partisans du président saluent cette décision, la justifiant par la nécessité de poursuivre les réformes économiques et sociales engagées, ainsi que la stabilité du pays dans un contexte régional difficile. Pour eux, l’expérience et le leadership de Ouattara sont indispensables pour relever les défis actuels, notamment ceux liés à la sécurité et au développement économique. Ils mettent en avant les progrès réalisés ces dernières années en termes d’infrastructures, de croissance économique et de lutte contre la pauvreté.
Cependant, l’opposition et une partie de la société civile dénoncent une violation de la Constitution et une volonté de s’accrocher au pouvoir. Elles rappellent que le mandat présidentiel est limité à deux termes, et que l’annonce de Ouattara, perçue comme une tentative de contournement de la loi fondamentale, risque de plonger le pays dans une nouvelle crise. Des manifestations sont déjà annoncées dans plusieurs villes du pays pour protester contre cette candidature.
Les enjeux sont de taille. Cette décision de Ouattara met à mal le processus de démocratisation amorcé ces dernières années. Le risque d’une contestation populaire et d’une escalade de la violence est réel, notamment dans un pays qui a déjà connu de graves crises post-électorales. L’opposition accuse le président d’utiliser son pouvoir pour asseoir sa domination politique et de fragiliser l’État de droit.
Des observateurs internationaux s’inquiètent également. Ils ont appelé au calme et au respect du processus démocratique. Ils insistent sur la nécessité d’organiser des élections libres, transparentes et crédibles, respectant les droits humains et la volonté du peuple ivoirien.
Le discours du président a tenté de justifier cette candidature controversée, en soulignant les défis sécuritaires et les menaces terroristes qui planent sur la région. Il a appelé au rassemblement national et à la cohésion sociale pour préserver la paix et la stabilité. Mais ces arguments semblent insuffisants pour convaincre ses détracteurs, qui y voient une justification opportuniste pour prolonger son règne.
Au cœur du débat se trouve la question de la légitimité du pouvoir. Les partisans de Ouattara insistent sur sa popularité et ses succès à la tête du pays, tandis que ses opposants soulignent la nécessité de respecter la Constitution et de laisser la place à une nouvelle génération de dirigeants.
La période qui précédera les élections sera certainement marquée par une intense activité politique et une polarisation accrue. La communauté internationale aura un rôle crucial à jouer pour garantir le respect des droits humains et pour veiller à ce que le processus électoral soit transparent et équitable. L’avenir de la Côte d’Ivoire dépendra en grande partie de la capacité des acteurs politiques à trouver un terrain d’entente et à préserver la paix sociale. L’annonce de la candidature d’Alassane Ouattara ouvre donc une période cruciale et incertaine pour ce pays d’Afrique de l’Ouest. Le pays retient son souffle, attendant de voir comment cette situation évoluera dans les prochains mois.
Georges Martial Ngalieu

