CAMEROUN : LA MÉDECINE TRADITIONNELLE, ENFIN RECONNUE ET INTÉGRÉE AU SYSTÈME DE SANTÉ

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Une nouvelle ère s’ouvre pour la médecine traditionnelle au Cameroun. En cette fin d’année 2024, une double avancée législative vient consolider la place des pratiques ancestrales dans la société camerounaise, marquant une victoire pour les défenseurs du patrimoine culturel et une reconnaissance de l’importance de ces savoirs-faire millénaires.*_

Dans un contexte où les cultures locales sont souvent reléguées au second plan face à la mondialisation, le Cameroun a fait le choix audacieux de valoriser son héritage immatériel. Après la loi 016/2024, qui reconnaît officiellement la dot comme une pratique légale à inscrire sur l’acte de mariage, la loi 018/2024 du 23 décembre 2024 vient intégrer la médecine traditionnelle au système de santé. Cette reconnaissance représente un pas de géant pour les praticiens traditionnels, souvent marginalisés ou stigmatisés, et pour les populations camerounaises qui accordent une grande importance à ces formes de soins.

Cette loi n’est pas qu’un symbole. Elle précise dans son article 2 que la médecine traditionnelle « contribue à l’accès universel aux soins et services de santé de qualité ». De plus, elle officialise plusieurs spécialités, reconnaissant ainsi la diversité et la richesse des pratiques : la pharmacopée traditionnelle, les préparations traditionnelles, les rebouteux (experts dans la réduction des fractures et des luxations), les tradi-ancestralistes, les tradipraticiens de santé, les tradi-spiritualistes et le traitement spirituel (à distinguer des séances de prière). La création d’un ordre professionnel, similaire à celui des médecins conventionnels, est également à l’étude, signe de la volonté de structurer ce secteur et de garantir la qualité des soins.

Cette avancée majeure s’inscrit dans une dynamique de valorisation du patrimoine immatériel, défini comme l’ensemble des traditions orales, pratiques sociales, arts, rituels et savoirs-faire transmis de génération en génération. Le Cameroun, conscient de l’importance de protéger son identité culturelle face à la montée des mondialismes, rejoint ainsi des pays comme la Côte d’Ivoire, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Bénin, l’Afrique du Sud, le Zimbabwe et le Ghana qui ont déjà fait le choix d’intégrer la médecine traditionnelle dans leurs systèmes de santé. Le Ghana, par exemple, a adopté une approche binaire, avec d’un côté la médecine conventionnelle et de l’autre, la médecine traditionnelle, travaillant en synergie.

Cette reconnaissance de la médecine traditionnelle est un signal fort envoyé aux populations camerounaises, et notamment à celles vivant dans les zones rurales, où l’accès aux soins conventionnels est souvent limité. Ces pratiques ancestrales, qui ont permis de soigner les populations pendant des générations, ne sont plus considérées comme des pratiques exotiques ou superstitieuses, mais comme une alternative crédible et complémentaire à la médecine conventionnelle. Il est important de se rappeler que, lors de la pandémie de COVID-19, des solutions traditionnelles ont permis à de nombreux Camerounais de se soigner, démontrant l’efficacité de certaines approches traditionnelles.

Cette reconnaissance n’est pas non plus sans lien avec les excès de certaines églises réveillées, souvent accusées de dénigrer les traditions et les pratiques ancestrales. Ainsi, le ministère de l’Administration Territoriale (Minat) a donné jusqu’au 15 février 2025 aux « tradi/faux-pasteurs » pour laisser les familles camerounaises « un peu tranquilles ». Cette mise en garde souligne la volonté du gouvernement de mettre fin à une dérive qui a parfois conduit à la perte des repères et à la manipulation des populations.

La loi 018/2024 représente une victoire pour tous les acteurs qui luttent pour la reconnaissance de la médecine traditionnelle, et pour tous les Camerounais attachés à leurs traditions et à leur identité. En intégrant pleinement cette médecine dans le système de santé, le Cameroun envoie un signal fort : le progrès passe aussi par la valorisation et la transmission des savoirs-faire ancestraux. Le pays ouvre une voie prometteuse pour une approche de la santé plus inclusive, plus respectueuse des cultures et des traditions.

Georges Martial Ngalieu

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