CAMEROUN : FAUT-IL L’ÉQUILIBRE DE LA TERREUR POUR FAIRE RÉGNER L’ORDRE… ???.

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L’autopsie d’une paix factice par Dr Georges Martial Ngalieu

Le Cameroun, souvent présenté comme un îlot de stabilité dans une Afrique centrale tumultueuse, se débat en réalité avec des tensions profondes, soigneusement camouflées sous le voile d’un ordre imposé par une main de fer. L’équation semble simple : un pouvoir central fort, une présence militaire omniprésente, et une dissidence étouffée. Mais derrière cette façade de calme apparent, se cache une réalité plus complexe et inquiétante : un équilibre de la terreur, où la peur du gendarme remplace la confiance dans les institutions.

La question mérite d’être posée frontalement : le Cameroun est-il condamné à maintenir un ordre factice par la seule force de la répression ? Est-ce que l’absence de conflits ouverts est synonyme de paix véritable ? L’analyse lucide de la situation révèle que la réponse est malheureusement négative. L’ordre imposé par l’équilibre de la terreur est fragile, volatile et susceptible de basculer à tout moment.

Pour comprendre ce phénomène, il faut remonter aux racines de la crise camerounaise. L’histoire du Cameroun est marquée par une succession de conflits, de tensions et de frustrations, héritées de la colonisation, de la marginalisation des minorités et de la concentration du pouvoir entre les mains d’une élite. La gestion autoritaire du pouvoir par Paul Biya, au pouvoir depuis plus de quatre décennies, a exacerbé ces tensions, creusant un fossé profond entre le peuple et ses dirigeants.

La crise anglophone, qui a débuté en 2016, est le symptôme le plus visible de cette fracture. La marginalisation des régions anglophones, l’imposition du français dans le système éducatif et judiciaire, et la répression des revendications identitaires ont conduit à une radicalisation croissante du mouvement séparatiste. La réponse du gouvernement a été une militarisation accrue des régions anglophones, avec des exactions et des violations des droits humains commises par les forces de sécurité.

Dans le nord du pays, la menace terroriste de Boko Haram continue de peser lourdement sur les populations. Les attentats, les enlèvements et les exactions perpétrés par les terroristes ont semé la terreur et la désolation. La réponse du gouvernement, souvent critiquée pour son manque d’efficacité et son recours excessif à la force, n’a pas réussi à éradiquer la menace terroriste, mais a contribué à alimenter un cycle de violence et de méfiance.

Au-delà de ces crises spécifiques, le Cameroun est confronté à des problèmes structurels qui minent sa stabilité : corruption endémique, inégalités criantes, chômage massif des jeunes, manque d’accès aux services de base (éducation, santé, eau potable). Ces problèmes, qui touchent l’ensemble de la population, alimentent un sentiment de frustration et de colère qui peut se traduire à tout moment par des explosions sociales.

Le maintien de l’ordre par l’équilibre de la terreur repose sur une stratégie à plusieurs volets : surveillance généralisée de la population, contrôle des médias et de l’espace public, répression des manifestations et des voix dissidentes, instrumentalisation de la justice pour museler l’opposition politique, manipulation de l’information pour maintenir l’illusion d’une paix sociale.

Cette stratégie, si elle peut donner l’illusion d’une stabilité à court terme, est en réalité contre-productive. Elle crée un climat de peur et de méfiance, étouffe les initiatives citoyennes, décourage l’investissement et freine le développement économique. Elle radicalise les mouvements d’opposition, qui se sentent privés de toute possibilité d’expression pacifique et légale.

La communauté internationale, souvent prompte à donner des leçons de bonne gouvernance, ferme les yeux sur les dérives autoritaires du Cameroun, préférant privilégier la stabilité apparente du pays, un allié stratégique dans la lutte contre le terrorisme. Mais cette complaisance est une erreur. Elle encourage le gouvernement à persister dans sa voie autoritaire et contribue à fragiliser la stabilité du pays à long terme.

Alors, quelles sont les alternatives à l’équilibre de la terreur ? Comment construire une paix véritable et durable au Cameroun ? La réponse réside dans la mise en place d’un État de droit, respectueux des libertés fondamentales et des droits humains. Elle passe par une réforme profonde des institutions, une lutte efficace contre la corruption, une répartition équitable des richesses et une ouverture du dialogue politique.

Il est impératif de mettre fin à l’impunité des auteurs de violations des droits humains, de garantir l’indépendance de la justice et de promouvoir une presse libre et indépendante. Il est essentiel de créer un espace public où les citoyens peuvent exprimer librement leurs opinions, participer aux décisions politiques et contrôler l’action du gouvernement. Il est urgent de mettre en œuvre des politiques publiques qui répondent aux besoins de la population, en particulier en matière d’éducation, de santé, d’emploi et de logement.

La résolution de la crise anglophone passe par un dialogue inclusif, qui associe toutes les parties prenantes, y compris les mouvements séparatistes. Il faut mettre fin à la violence et garantir la sécurité des populations civiles. Il faut reconnaître les spécificités culturelles et linguistiques des régions anglophones et leur accorder une plus grande autonomie.

La lutte contre Boko Haram passe par une approche multidimensionnelle, qui combine l’action militaire, la coopération régionale, le développement économique et la prévention de la radicalisation. Il faut renforcer les capacités des forces de sécurité, améliorer la coordination avec les pays voisins et s’attaquer aux causes profondes du terrorisme, en particulier la pauvreté, l’exclusion et le manque d’éducation.

Certains diront que ces propositions sont utopiques, irréalisables dans le contexte camerounais. Mais l’histoire nous enseigne que le changement est toujours possible. Il faut avoir le courage de remettre en question les idées reçues, de briser les tabous et de proposer des solutions innovantes. Il faut croire en la capacité du peuple camerounais à construire un avenir meilleur.

L’équilibre de la terreur est un piège. Il ne peut garantir une paix durable. La seule voie vers la stabilité et la prospérité est celle de la démocratie, de la justice et du respect des droits humains. Le Cameroun a le potentiel de devenir un modèle de développement et de stabilité en Afrique centrale. Mais pour y parvenir, il faut abandonner les vieilles recettes et oser un nouveau paradigme. Il faut remplacer la peur par la confiance, la répression par le dialogue, et l’équilibre de la terreur par un équilibre de justice et de liberté. Car, comme l’a dit Martin Luther King Jr., « La vraie paix n’est pas simplement l’absence de tension : c’est la présence de la justice. » Le Cameroun a besoin de justice pour enfin connaître une paix véritable.

Dr Georges Martial Ngalieu
Journaliste – Écrivain
Directeur de publication
Expert consultant international en stratégie Marketing et communication politique

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