C’est un coup de tonnerre dans le paysage industriel de Douala. En visite de travail dans la métropole économique, le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique (MINMIDT), le professeur Fuh Calistus Gentry, a ce mercredi 04 novembre 2026 prononcé une sanction sans précédent : la fermeture immédiate et totale de l’usine Metafrique Steel. Loin d’une simple mise en demeure ou d’une suspension temporaire, l’autorité de tutelle pose une condition drastique pour toute hypothétique reprise : la destruction des infrastructures existantes et la reconstruction intégrale d’une nouvelle usine sous la supervision stricte de l’État.

La tolérance zéro face à la récurrence des drames humains
La décision, qualifiée de « bien fondée » par le membre du gouvernement, intervient dans le sillage d’accidents industriels à répétition qui ont endeuillé le populeux quartier Bassa. Ces drames, ayant coûté la vie à plusieurs ouvriers, ont mis en lumière les défaillances criantes des mesures de sécurité sur les sites de production.
En conditionnant la réouverture de Metafrique Steel à une reconstruction supervisée par le Commissariat National des Inspections, l’exécutif envoie un signal fort : le temps du rafistolage sécuritaire et des compromissions au détriment de la vie humaine est révolu. Une enquête technique et administrative globale a d’ailleurs été diligentée, non seulement pour situer les responsabilités sur ce cas précis, mais aussi pour auditer l’ensemble des pratiques du secteur sidérurgique national.

Le diagnostic structurel : la dictature de la « ferraille de récupération »
Au-delà du cas individuel de Metafrique, le ministre a mis le doigt sur le véritable abcès de fixation de la sidérurgie camerounaise : la dépendance maladive à la ferraille de récupération. Actuellement, la production locale de billettes — ces barres de fer fondamentales pour le BTP — repose massivement sur la collecte anarchique de déchets métalliques hétéroclites, fondés hors des normes de traçabilité.
Cette économie de la récupération, qui transforme des « poubelles métalliques » en matériaux de construction, constitue selon le MINMIDT la cause principale des accidents, des explosions et des graves non-conformités des produits finis mis sur le marché.
Pour y remédier, l’État brandit une alternative géostratégique : le sous-sol camerounais regorge de gisements de fer d’une pureté exceptionnelle, affichant des teneurs de 60 % à 64 %.
La doctrine officielle est désormais posée : passer d’une sidérurgie de pacotille à une filière intégrée allant de l’extraction minière à l’enrichissement, pour aboutir à une production nationale propre et normée. À l’instar de la filière bauxite-aluminium, le pays doit valoriser ses propres ressources. Des industriels majeurs tels que Prometal, Foku ou Acero sont ainsi sommés d’aligner leurs chaînes de valeur sur ce paradigme souverain.

*Le défi du contenu local et des conditions de travail*
Interpellé en direct par la presse sur le scandale des salaires de misère — certains ingénieurs et ouvriers qualifiés étant indignement rémunérés à hauteur de 3 500 FCFA par jour —, le ministre a rappelé la primauté du cahier des charges. L’autorisation d’exploitation industrielle est adossée à des obligations strictes en matière de code du travail, de respect du contenu local et de dignité salariale.
Si l’arsenal normatif existe sur le papier, le défi réside désormais dans la rigueur des contrôles interministériels. Le message de Yaoundé est sans ambiguïté : le Cameroun aspire à devenir le hub sidérurgique de référence de la sous-région CEMAC et un partenaire crédible pour le géant nigérian. Cette ambition continentale est incompatible avec un capitalisme de prédation sociale. La fermeture de Metafrique Steel marque un tournant : l’industrialisation nationale ne se fera plus au prix du sang des ouvriers.
*Dr Georges Martial Ngalieu*
_Journaliste – Écrivain_
_Directeur de Publication_
_Expert Consultant International en Stratégie Marketing et Communication manager et Politique_

