Réunis en Assemblée générale élective ce jeudi 05 Novembre 2026 a Douala, les membres du Syndicat des industriels du Cameroun (Syndustricam) ont dressé un bilan sans complaisance de la conjoncture industrielle et défini les priorités d’un nouveau cycle de gouvernance. La rencontre, tenue en présence de représentants du patronat, de partenaires techniques et financiers, de la Société financière internationale et de la presse, a été marquée par l’adoption de statuts révisés, le renouvellement des instances dirigeantes et un appel pressant à une action collective plus structurée.
Dans son propos d’ouverture et de clôture, le président du syndicat a rappelé que cette assemblée ne devait pas être réduite à une simple formalité électorale. Elle devait permettre d’évaluer le chemin parcouru, d’identifier les insuffisances et de répondre à une question essentielle : quelle utilité réelle le Syndustricam peut-il offrir à ses membres et quelle influence peut-il exercer sur les décisions qui affectent l’industrie nationale ?

Une conjoncture qui fragilise les entreprises
Le diagnostic présenté est préoccupant. Les industriels camerounais évoluent dans un environnement marqué par l’instabilité des chaînes d’approvisionnement, la hausse du coût de l’énergie, la progression des prix des matières premières, les difficultés d’accès au financement, la pression fiscale, la concurrence des importations, la fraude et la contrebande.
Selon les données évoquées lors des travaux, la croissance nationale aurait atteint environ 3,5 % en 2025, tandis que l’inflation aurait reculé à 3,4 %, contre 4,5 % en 2024. Cette amélioration apparente ne saurait toutefois masquer la persistance d’une forte pression sur les ménages et les entreprises. Les prix alimentaires auraient progressé de 7 % en 2025. Sur la période 2022-2025, la hausse cumulée aurait atteint 23,3 % pour les prix en général, 41,8 % pour les produits alimentaires et 35,8 % pour les transports.
Pour les entreprises industrielles, la question énergétique demeure particulièrement critique. Interruptions, baisses de tension et qualité irrégulière de l’approvisionnement obligent certaines unités à recourir à des groupes électrogènes, avec des surcoûts qui compromettent leur compétitivité et réduisent leurs marges d’investissement.

Un dialogue public-privé appelé à produire des résultats
Le Syndustricam réclame une énergie disponible et fiable, une fiscalité prévisible, des procédures administratives simplifiées, une logistique compétitive, un meilleur accès au foncier et aux matières premières ainsi qu’un financement adapté aux cycles longs de l’industrie.
Le syndicat insiste également sur la nécessité de renforcer la commande publique en faveur des producteurs locaux, de lutter efficacement contre la fraude et de soutenir la sous-traitance nationale. Le patriotisme économique, a-t-il été rappelé, ne consiste pas à acheter systématiquement local, mais à donner une véritable chance à une production nationale compétitive, conforme aux normes et créatrice d’emplois.
L’organisation a indiqué avoir participé à plusieurs cadres de concertation avec les pouvoirs publics et les partenaires, notamment sur la fiscalité, la sous-traitance, le financement et les échanges extérieurs. Mais elle estime que le dialogue public-privé ne doit plus être évalué au nombre de réunions organisées. Il doit l’être à l’aune des mesures effectivement appliquées, des délais réduits, des coûts abaissés et des investissements débloqués.

Un nouveau cycle fondé sur la collégialité
L’adoption des statuts révisés ouvre la voie à une gouvernance présentée comme plus inclusive et plus représentative de la diversité industrielle. Elle accorde une place accrue aux PME et aux PMI, renforce la collégialité du bureau et impose davantage de transparence et de responsabilité.
Au terme du processus électoral, le président nouvellement élu a remercié les membres pour leur confiance. Il a toutefois prévenu que cette élection ne constituait pas un aboutissement, mais le début d’un nouveau cycle de travail. Le bureau entend fonctionner dans la collégialité, se réunir régulièrement et concentrer ses efforts sur des actions directement utiles aux entreprises.
La réussite de ce mandat dépendra néanmoins de la mobilisation des adhérents. Le Syndustricam appelle ses membres à participer aux consultations, à transmettre les données nécessaires au plaidoyer, à s’acquitter de leurs cotisations et à dépasser les démarches isolées.
Au terme de cette Assemblée générale, une conviction se dégage : l’industrie camerounaise dispose d’atouts considérables, mais ceux-ci ne deviendront des capacités productives qu’à la faveur d’une politique cohérente, d’une action publique réactive et d’un patronat organisé. Le Syndustricam entend désormais faire de cette exigence le socle de son nouveau mandat.
Dr Georges Martial Ngalieu
Journaliste – Écrivain
Directeur de Publication
Expert Consultant International en Stratégie Marketing et Communication manager et Politique

