L’ULTIME DIAGNOSTIC DE JEAN JACQUES EKINDI : Quand la Corruption devient le Cancer de la Nation.

0
35

En ce mardi 27 janvier 2026 à Douala (Bonangando-Deido), la parole de Jean Jacques Ekindi a résonné avec la gravité des oracles nécessaires. Lors d’une conférence de presse mémorable, l’homme politique a dressé un réquisitoire implacable contre une corruption qu’il juge désormais « triomphante ». Entre métaphores cliniques et analyse systémique, il appelle à une refonte totale de l’arsenal répressif camerounais.

Dans le quartier historique de Deido, l’atmosphère était lourde de cette vérité que l’on préfère d’ordinaire taire. Jean Jacques Ekindi, figure tutélaire de la réflexion politique au Cameroun, n’a pas utilisé de périphrases pour décrire l’état moral du pays. Pour lui, le constat est sans appel : la corruption a changé de nature. De pratique occulte et honteuse, elle s’est muée en un système de valeurs inversées où le vice-parade en pleine lumière.

Une société aux valeurs inversées.

« La corruption est partout. Jadis honteuse, elle est aujourd’hui triomphante », a martelé l’orateur. Le constat sociologique est cinglant : dans un monde où les « feymen » (rois de l’escroquerie) sont érigés en modèles de réussite, l’intégrité est devenue le stigmate des faibles. Jean Jacques Ekindi décrit une nation lancée à « tombeau ouvert vers la catastrophe », utilisant l’image terrifiante d’un cancer en phase terminale. Ce n’est plus seulement l’administration qui est touchée, mais le corps social dans son entier, du secteur privé aux strates les plus intimes de la société civile.

L’échec des instruments classiques.

Pourtant, le Cameroun n’est pas désarmé juridiquement. Le pays dispose d’un Code pénal, d’une Commission Nationale Anti-Corruption (CONAC), de tribunaux d’instance et même d’un Tribunal Criminel Spécial (TCS). Alors, d’où vient l’impuissance ?

Pour Jean Jacques Ekindi, le mal réside dans une asymétrie de la lutte. « On se focalise sur le fonctionnaire qui reçoit, mais on oublie celui qui donne », fustige-t-il. Ce biais juridique a conduit à une situation paradoxale où les prisons accueillent des agents publics et d’anciens ministres, tandis que les corrupteurs souvent issus du secteur privé ou de réseaux d’influence demeurent dans l’ombre, impunis. L’homme politique a interpellé les médias sur ce silence complice : pourquoi l’opprobre ne frappe-t-il que la main qui reçoit, et jamais celle qui tend le poison ?

Le décalage vertigineux des moyens.

L’autre pilier de cette impuissance est structurel. Jean Jacques Ekindi a mis en lumière l’indigence des moyens accordés à la CONAC. Chiffres à l’appui, il a illustré ce combat de « David contre Goliath ». En 2021, alors que les dépenses budgétaires de l’État culminaient à 5 000 milliards de FCFA, la CONAC ne parvenait à se saisir que de dossiers représentant à peine 100 milliards. « Qu’est-ce que 100 milliards par rapport à l’immensité des flux financiers du pays ? », s’est-il interrogé. Ce décalage condamne l’institution à ne traiter que la partie émergée d’un iceberg colossal.

Enfin, la critique s’est portée sur l’organisation judiciaire. Si le TCS est l’arme fatale contre le détournement de deniers publics, il reste étrangement muet ou « accessoire » face au crime de corruption. Or, pour Ekindi, la corruption est la « mère de tous les crimes », celle qui rend possible tous les autres détournements. Ne pas placer la corruption au cœur de la compétence du tribunal spécial est, selon lui, une erreur stratégique majeure.

Vers une éthique de la survie.

La conférence de Bonangando ne s’est pas limitée à un constat de désolation. Elle a posé les jalons d’une réflexion nécessaire sur la survie de l’État. En dénonçant une lutte contre la corruption qui se perd dans les « condamnations verbales unanimes » sans jamais s’attaquer aux structures profondes du mal, Jean Jacques Ekindi force le pays à se regarder dans un miroir.

Pour l’homme politique, l’heure n’est plus aux incantations. Si le cancer est généralisé, le traitement doit être radical. Il appelle à une redéfinition du cadre juridique pour traquer les corrupteurs avec la même virulence que les corrompus, et à une dotation budgétaire des organes de contrôle à la hauteur des enjeux financiers du pays.

À travers ce propos liminaire, Jean Jacques Ekindi ne s’est pas seulement adressé à la presse, mais à la conscience nationale. Le message est clair : sans une probité retrouvée, le moteur de la nation camerounaise finira par s’éteindre, consumé par ses propres métastases.

Dr Georges Martial Ngalieu
Journaliste – Écrivain
Directeur de publication
Expert consultant international en stratégie Marketing et communication politique

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici