« L’Afrique est gouvernée par des vieillards qui peinent à rester éveillés », cette phrase percutante de l’historien et philosophe camerounais Achille Mbembe résume une analyse sans concession de l’état de la démocratie sur le continent. Dans un entretien accordé à France 24, Mbembe appelle à une rupture radicale avec le passé, notamment avec le franc CFA et la présence militaire française, pour permettre l’émergence d’une Afrique nouvelle.
Achille Mbembe, figure intellectuelle incontournable du continent africain, a livré une analyse nuancée mais sans complaisance de la situation politique actuelle. S’il ne nie pas les avancées en matière d’alternance démocratique observées dans certains pays, il insiste sur la persistance de régimes autoritaires et la longévité excessive de certains présidents au pouvoir, qu’il qualifie avec une formule cinglante de « vieillards qui peinent à rester éveillés ».
Cette métaphore forte illustre le sentiment d’inertie et de manque de vision stratégique que Mbembe attribue à de nombreux dirigeants africains. Il sous-entend que ces leaders, souvent au pouvoir depuis des décennies, sont dépassés par les enjeux du XXIe siècle et incapables de répondre aux aspirations de leurs populations.
*Coups d’État et démocratie : une analyse complexe*
Mbembe ne se contente pas de critiquer les régimes en place. Il aborde également la question des coups d’État, un phénomène récurrent sur le continent. Sans les justifier, il souligne qu’ils sont souvent le résultat d’un blocage politique et d’une incapacité des institutions à garantir une alternance démocratique pacifique.
Cependant, Mbembe insiste sur le fait que les coups d’État ne sont pas une solution en soi. Il appelle à un renforcement des institutions démocratiques, à une meilleure gouvernance et à une plus grande participation citoyenne pour prévenir les crises politiques et les tentations autoritaires.

*Rupture avec le passé colonial : le franc CFA et les bases militaires françaises*
Au-delà des questions de gouvernance interne, Mbembe plaide pour une rupture nette avec les vestiges du passé colonial, qu’il considère comme un frein au développement et à l’émancipation du continent. Il cible particulièrement le franc CFA, monnaie héritée de la colonisation française, qu’il qualifie de « vestige d’une époque révolue » et d’instrument de domination économique.
Il appelle également au retrait des bases militaires françaises du continent, estimant qu’elles sont un symbole de la présence néocoloniale et un obstacle à l’autonomie stratégique des pays africains. Pour Mbembe, la « Françafrique appartient désormais au passé » et il est temps de construire une relation nouvelle et équilibrée entre la France et l’Afrique.
*Tourner la page pour un avenir meilleur*
Achille Mbembe appelle à « tourner la page » au plus vite et à se débarrasser des entraves qui empêchent l’Afrique de se développer pleinement. Il insiste sur la nécessité d’une nouvelle génération de leaders, capables de penser et d’agir en rupture avec les modèles du passé.
Cette nouvelle génération, selon Mbembe, doit être porteuse d’une vision stratégique claire, capable de mobiliser les ressources du continent et de répondre aux aspirations de ses populations. Elle doit également être attachée aux valeurs démocratiques, à la bonne gouvernance et à la justice sociale.
L’analyse d’Achille Mbembe est un appel à l’action pour un renouveau démocratique en Afrique. Elle souligne la nécessité de se débarrasser des vestiges du passé colonial, de renforcer les institutions démocratiques et de promouvoir une nouvelle génération de leaders capables de construire un avenir plus juste et prospère pour le continent. Sa voix, puissante et engagée, résonne comme un espoir pour un avenir meilleur.
Dr. Georges Martial Ngalieu
Journaliste – Écrivain
Expert consultant international en stratégie Marketing et communication politique universelle
