Le Tchad a entamé ce jeudi le processus officiel de retrait des forces françaises de son territoire. La mise en place d’une commission gouvernementale chargée de superviser cette opération marque un tournant majeur dans les relations bilatérales entre Paris et N’Djamena, et cristallise les enjeux d’une souveraineté nationale réaffirmée.
La cérémonie d’installation de la Commission Spéciale, présidée par le ministre des Affaires étrangères Abderamane Koulamallah, s’est déroulée sous l’égide du Premier ministre, Allah Maye Halina. Composée de 21 membres issus de divers ministères et services de l’État, cette commission a pour mandat crucial de piloter la dénonciation de l’accord de coopération militaire franco-tchadien. Le Premier ministre a insisté sur le caractère hautement patriotique et républicain de cette mission.

L’arrêté gouvernemental précisant les attributions de la commission détaille un plan d’action ambitieux. Au-delà de la notification officielle de la dénonciation de l’accord auprès des autorités françaises par voie diplomatique, la commission devra élaborer un plan de travail pour la cessation progressive des obligations prévues par la convention. Ceci implique une gestion complexe des aspects juridiques, sécuritaires et logistiques du retrait. Un point particulièrement sensible sera la coordination avec la partie française afin de garantir un retrait ordonné et sans heurts des engagements bilatéraux.

Le calendrier précis de ce retrait reste encore à définir. La commission tiendra sa première réunion prochainement pour établir son plan de travail détaillé. Le délai de résiliation de l’accord étant fixé à six mois à compter de la notification officielle, le processus devrait s’étaler sur une période significative.
L’annonce de ce retrait, faite fin novembre, avait déjà suscité de vives réactions. Elle s’inscrit dans une volonté affichée par le gouvernement tchadien de réaffirmer sa souveraineté nationale et de diversifier ses partenariats stratégiques en matière de défense et de sécurité. Cette décision répond également à une aspiration profonde d’une partie de la population tchadienne souhaitant voir leur pays assurer seul sa sécurité.



Cependant, le retrait des forces françaises soulève inévitablement des questions légitimes sur la capacité du Tchad à faire face seul aux défis sécuritaires régionaux complexes. Le pays est confronté à des menaces terroristes, à l’instabilité régionale et à des conflits intercommunautaires. La commission aura donc un rôle primordial dans la définition d’une nouvelle stratégie de défense nationale, adaptée aux réalités géopolitiques actuelles et aux moyens disponibles. Ce travail nécessitera une analyse fine des capacités militaires nationales, une évaluation des besoins en matière d’équipement et de formation, ainsi que la recherche de nouveaux partenariats internationaux pour combler d’éventuelles lacunes.

La transition vers une indépendance totale en matière de défense représente un défi colossal pour le Tchad. Le succès de cette transition dépendra de la capacité de la commission à coordonner efficacement les différents acteurs impliqués, à garantir un retrait ordonné des forces françaises, et surtout, à mettre en place une stratégie de défense nationale robuste et durable, capable d’assurer la sécurité du pays et de protéger sa population. Les mois à venir seront donc cruciaux pour observer l’évolution de la situation et évaluer l’impact de ce retrait majeur sur la sécurité et la stabilité du Tchad. L’attention de la communauté internationale se portera désormais sur le déroulement de ce processus délicat et sur la capacité du Tchad à assurer sa sécurité dans un contexte régional volatile.
Georges Martial Ngalieu

