QUAND L’AMITIÉ SE TRANSFORME EN PRISON : CHRONIQUE D’UNE CLOCHARDISATION PROGRAMMÉE

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Le monde des relations humaines est un labyrinthe où se croisent les plus nobles sentiments et les plus viles trahisons. Il est des amitiés qui illuminent nos vies, nous apportent soutien et réconfort, et d’autres qui, sournoisement, nous entraînent dans les méandres de la désillusion et du désespoir. C’est de cette seconde catégorie dont il est question aujourd’hui, celle où l’amitié, au lieu de servir de refuge, se transforme en geôle dorée, une cage dont l’issue n’est rien de moins qu’une clochardisation programmée.*_

L’histoire que nous allons décortiquer n’est pas un cas isolé. Elle témoigne d’une réalité plus répandue qu’on ne le croit : celle de personnes qui, par naïveté, confiance aveugle ou simple nécessité, se retrouvent piégées par des relations toxiques, souvent maquillées sous le vernis de l’amitié. Ces « amis », ces « bienfaiteurs », se transforment en bourreaux, capables des pires manœuvres, en particulier quand il est question d’argent.

Imaginez la scène : vous êtes à l’étranger, loin de vos repères, de votre famille, de vos ressources. Vous comptez sur une de vos factures impayées où l’aide un ami, d’un contact, d’une connaissance qui vous promet monts et merveilles. Ce dernier, avec un sourire avenant, vous assure qu’il vous réglera la facture ou qu’il prendra en charge vos dépenses, qu’il vous offrira le confort nécessaire. Vous voilà rassuré, soulagé, persuadé que vous êtes a l’abri ou que vous avez trouvé un soutien précieux. Mais très vite, le conte de fées vire au cauchemar.

Les promesses s’évanouissent, les paiements tardent, les factures s’accumulent. Vous commencez à vous inquiéter, à vous agacer. Vos appels, vos messages restent sans réponse ou sont esquivés par des prétextes fallacieux. Le temps passe, les jours se transforment en semaines, puis en mois. Vous voilà bloqué, prisonnier de votre propre situation. Pratiquement sept mois, c’est une éternité quand on se sent pris au piège.

Votre « ami », celui qui devrait vous régler les factures impayées où sur qui vous comptiez, faire s’est mué en geôlier. Il vous maintient dans un état de dépendance totale, où vous n’avez plus d’autonomie, plus de dignité. Votre moral est au plus bas, votre estime de soi a été piétinée. Vous êtes livré à vous-même, sans ressources, sans espoir, ou presque. Vos jours sont rythmés par l’angoisse, le stress et l’incertitude. Vous errez, telle une âme en peine, dans une ville qui n’est pas la vôtre, cherchant désespérément une solution, une porte de sortie.

C’est là que le mécanisme de clochardisation programmée entre en jeu. Ce n’est pas une clochardisation au sens strict du terme, celle qui vous jette à la rue, sans abri. C’est une clochardisation plus perverse, plus insidieuse, qui vous dépossède de votre identité, de votre dignité, de votre autonomie. C’est un processus lent et progressif, qui vous prive de vos droits élémentaires, qui vous transforme en une ombre de vous-même.

La première étape de ce processus est la dépendance financière. En vous promettant de régler vos factures ou de prendre en charge vos dépenses, votre « ami » s’est assuré de vous rendre totalement dépendant de lui. Vous n’avez plus accès à vos propres ressources, vous êtes à sa merci. La deuxième étape est l’isolement social. Votre « ami » vous éloigne de vos contacts, de vos amis, de votre famille. Il s’assure que vous n’ayez plus de recours, que vous ne puissiez pas solliciter d’aide extérieure. La troisième étape est la dégradation psychologique. L’humiliation, l’angoisse, l’incertitude minent votre moral, votre estime de soi. Vous vous sentez abandonné, trahi, dévalorisé.

Le piège est d’autant plus pernicieux que ce processus se déroule sous le couvert de l’amitié. Votre « ami » continue de vous adresser la parole, de vous faire des promesses, de vous donner l’illusion d’un dénouement heureux. Il joue sur votre culpabilité, sur votre sentiment de dette, pour vous maintenir dans sa toile. Il ne cesse de vous rassurer, de vous faire comprendre que tout cela n’est que temporaire, que les choses vont s’arranger. En réalité, il se nourrit de votre détresse, de votre faiblesse, pour asseoir son emprise.

La question qui se pose est la suivante : pourquoi ces personnes agissent-elles de la sorte ? Plusieurs raisons peuvent expliquer ce comportement. Il y a d’abord le besoin de pouvoir et de contrôle. En vous privant de votre autonomie, votre « ami » s’octroie une position de dominant, il assouvit son besoin de se sentir supérieur. Il y a ensuite la cupidité. Ces personnes sont souvent motivées par des intérêts financiers ou matériels. En vous piégeant, elles espèrent obtenir quelque chose en retour. Il y a enfin le manque d’empathie, voire la perversion. Ces personnes ne sont pas sensibles à la souffrance d’autrui. Elles sont capables des pires atrocités sans ressentir le moindre remords.

Comment éviter de tomber dans ce piège ? La première chose est de ne jamais faire une confiance aveugle. Il faut rester vigilant, même avec ceux qu’on considère comme des amis. Il faut vérifier les faits, ne pas se laisser berner par les belles paroles. La deuxième chose est de ne jamais se couper de ses relations. Il est important de maintenir le contact avec ses amis, sa famille, son réseau professionnel. La troisième chose est de ne jamais hésiter à demander de l’aide. Il n’y a pas de honte à reconnaître ses faiblesses et à solliciter un soutien extérieur.

L’histoire que nous venons de décrypter est un avertissement. Elle nous rappelle que l’amitié n’est pas toujours synonyme de loyauté et de bienveillance. Elle nous invite à la prudence, à la vigilance, et à la nécessité de cultiver des relations saines et équilibrées. Elle nous rappelle enfin qu’il est toujours possible de se relever, même après avoir traversé les pires épreuves. L’amitié, la vraie, doit être un refuge, pas une prison.

By Georges Martial Ngalieu

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