LA FONCTION PUBLIQUE, CIMETIÈRE DES ESPOIRS : L’ÉDUCATION CAMEROUNAISE, OTAGE D’UN SYSTÈME À DEUX VITESSES.

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L’annonce des concours d’entrée à la Fonction Publique 2025 a retenti comme un glas pour des milliers de familles camerounaises. Au-delà de la promesse d’un emploi stable et digne, se cache une réalité bien plus amère : celle d’une éducation à deux vitesses, où le rêve de l’ascension sociale est implacablement broyé par un système opaque et élitiste.

Le couperet est tombé. Des dossiers, patiemment constitués, remplis d’espoirs et d’économies familiales, ont été froidement rejetés. La raison ? Un implacable « diplôme non conforme ». Derrière cette formule administrative se dresse l’ombre d’une injustice flagrante. Il s’agit, dans la majorité des cas, de diplômés des filières BTS santé, HND et autres formations délivrées par les instituts universitaires privés, pourtant placés sous la tutelle du Ministère de la Formation Professionnelle. Des diplômes qui, dans les faits, condamnent leurs détenteurs à un avenir bouché.

Pourquoi ces filières, prometteuses sur le papier, se révèlent-elles être des impasses ? La réponse est simple : elles ne permettent pas l’accès aux sacro-saints concours de la Fonction Publique, notamment dans le secteur de la santé. Un paradoxe cruel, alimentant une légitime indignation. Si ces formations sont autorisées, voire encouragées par l’État, à qui profite réellement le crime ?

L’investissement consenti par les parents, souvent au prix de sacrifices considérables, se chiffre en millions de francs CFA. Ces sommes, prélevées sur des revenus modestes, représentent l’espoir d’un avenir meilleur pour leurs enfants. Mais cette foi est brutalement ébranlée lorsque ces jeunes, armés de diplômes inutilisables, se retrouvent exclus d’un système censé garantir l’égalité des chances.

La colère gronde. Pourquoi l’État, garant de l’intérêt général, autorise-t-il ces formations privées, sachant pertinemment qu’elles n’ouvrent aucune porte vers l’emploi public ? N’est-ce pas une forme d’escroquerie légalisée, un marché de dupes où les familles, avides d’offrir un avenir à leurs enfants, sont les premières victimes ?

Cette situation met en lumière un système d’oligarchie bien huilé, où les privilèges se transmettent de génération en génération. L’accès aux postes clés de la Fonction Publique est réservé à une élite, diplômée des institutions « prestigieuses », tandis que la majorité de la population est reléguée à des emplois précaires et sous-payés.

Le Ministère de la Formation Professionnelle porte une lourde responsabilité dans cette affaire. En validant des formations sans s’assurer de leur réelle utilité sur le marché du travail, il contribue à alimenter un sentiment de frustration et de désillusion chez les jeunes. Il est urgent de revoir en profondeur le système d’accréditation des formations, de renforcer les contrôles et de garantir une réelle adéquation entre l’offre de formation et les besoins du marché.

L’État Camerounais se doit de répondre à ces questions qui taraudent les esprits. Il est temps de rompre avec ce système injuste et inégalitaire, de mettre en place des politiques éducatives ambitieuses et transparentes, et de garantir à tous les jeunes, quel que soit leur origine sociale, une réelle chance de s’épanouir et de contribuer au développement du pays. Faute de quoi, le Cameroun risque de se retrouver avec une génération sacrifiée, condamnée à errer dans les limbes d’un système qui a trahi ses promesses. L’avenir du pays est en jeu.

Dr Georges Martial Ngalieu
Journaliste – Écrivain
Directeur de publication
Expert consultant international en stratégie Marketing et communication politique universelle

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