La ville de Douala a abrité, les 13 et 14 janvier 2026, les travaux de lancement régional de l’exécution du budget de l’État pour le nouvel exercice. Dans une salle des banquets des services du gouverneur comble, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua a dévoilé une enveloppe globale de 8 816,4 milliards de FCFA, marquée par une volonté de transparence accrue et une accélération de la transformation structurelle de l’économie camerounaise.
L’exercice budgétaire 2026 ne sera pas une simple répétition des années précédentes. C’est le message fort qui a circulé durant deux jours dans la capitale économique. Sous la présidence du Gouverneur de la Région du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, les responsables administratifs, les opérateurs économiques et les acteurs de la société civile se sont imprégnés des nouvelles directives de la Loi de Finances.

La transparence au cœur de l’action : Le « Budget Citoyen »
L’une des articulations majeures de cette cérémonie a été la présentation de l’avant-propos du Ministre des Finances, Louis-Paul Motaze, contenu dans le document « Budget Citoyen ». Fidèle à son engagement de transparence pris en 2019, le MINFI a tenu à simplifier le langage technique budgétaire pour le rendre accessible à tous.
Selon le Ministre Motaze, le budget n’est pas qu’une affaire de techniciens, mais un outil permettant à chaque citoyen de « saisir les impacts concrets sur son quotidien ». Cette édition 2026 met l’accent sur un budget « ambitieux, plus structuré et plus social », invitant chaque Camerounais à un « sursaut patriotique » tant dans l’accomplissement du devoir fiscal que dans la veille sur l’utilisation des ressources publiques.
Un budget en forte croissance de 14%
Les chiffres présentés par les services du Gouverneur donnent le vertige tout en affichant une ambition assumée. Le budget de l’État pour 2026 s’équilibre en recettes et en dépenses à 8 816,4 milliards de FCFA. Cela représente une augmentation massive de 1 080,5 milliards de FCFA (+14%) par rapport à la loi de finances rectificative de 2025.
Dans le détail, le budget général pèse 8 683,9 milliards de FCFA, tandis que les 13 Comptes d’Affectation Spéciale (CAS) mobilisent 132,5 milliards. Pour financer cette ambition, l’État compte sur ses entrées propres (5 687 milliards de FCFA), dont 3 446,2 milliards issus des impôts et taxes, et 1 243,2 milliards des recettes douanières. Malgré un contexte pétrolier fluctuant, les recettes gazières et pétrolières devraient rapporter 523,7 milliards de FCFA. Le Budget d’Investissement Public (BIP), moteur de la croissance, se voit doter d’une enveloppe de 2 031,15 milliards de FCFA.

Naviguer dans une conjoncture mondiale fragile
Le Gouverneur Samuel Dieudonné Ivaha Diboua a rappelé que ce budget s’exécute dans un contexte international marqué par des chocs géopolitiques et sanitaires persistants. Le ralentissement de la croissance mondiale, les politiques monétaires restrictives et la montée du protectionnisme imposent au Cameroun une prudence rigoureuse.
Au niveau de la zone CEMAC, le Cameroun s’aligne sur les résolutions du sommet de Bangui de septembre 2025. L’heure est à l’accélération de la troisième phase du Programme de Réformes Économiques et Financières (PREF-CEMAC) pour une transformation industrielle réelle et une réflexion de fond sur la réforme des accords de coopération monétaire.
Les grandes priorités nationales : Sécurité, Social et Économie
Au plan national, le budget 2026 est le bras armé de la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND-30). Trois piliers essentiels guideront l’action publique :
1. Le défi sécuritaire et social :
Outre le maintien de la veille sécuritaire aux frontières et la poursuite du processus DDR (Désarmement, Démobilisation et Réintégration), l’accent est mis sur l’humain. La grande innovation de 2026 réside dans la création d’un Fonds spécial pour l’autonomisation économique des femmes et la promotion de l’emploi jeune. Le Gouvernement prévoit également l’intensification des « Filets Sociaux » et le renforcement du plateau technique hospitalier, tout en préservant le pouvoir d’achat des ménages vulnérables.
2. L’éducation et la formation :
Le budget prévoit une mise en adéquation accrue entre la formation technique et les besoins du marché, ainsi que le renforcement des nouvelles universités en infrastructures.
3. Le décollage économique et énergétique :
Pour le Littoral, les annonces sont cruciales : finalisation de la mise en service du barrage de Nachtigal, démarrage du barrage de Kikot, et réhabilitation de la SONARA. Un point majeur est le rétablissement de l’équilibre financier du secteur de l’électricité, marqué par la volonté de l’État de racheter les actions de la société ACTIS dans le capital d’ENEO, afin de reprendre la main sur la distribution d’énergie.
Appel à la rigueur
En clôturant les travaux de ce lancement régional, le Gouverneur Ivaha Diboua a exhorté les ordonnateurs de crédits de la région du Littoral à une consommation budgétaire efficiente. « Chaque franc dépensé doit contribuer à l’amélioration du bien-être des populations et à la transformation de notre tissu productif », a-t-il martelé.
Avec un budget de près de 9 000 milliards de FCFA, le Cameroun se donne les moyens de ses ambitions pour 2026, à condition que la mobilisation des ressources et la discipline budgétaire soient au rendez-vous.
Dr Georges Martial Ngalieu
Journaliste – Écrivain
Directeur de publication
Expert consultant international en stratégie Marketing et communication politique

