L’atelier régional de présentation des résultats de l’Observatoire des Pratiques Anormales (OPA) tenu ce 12 février 2026 a Douala marque un tournant décisif dans la gouvernance des infrastructures de transport en zone CEMAC. En portant son regard au cœur même des enceintes portuaires de Douala et de Kribi, l’OPA, soutenu par l’Union Européenne et l’ISSEA, lève le voile sur les mécanismes qui régissent ou entravent la vitalité économique de l’hinterland.

L’Observatoire régional des Pratiques Anormales (OPA), initiative phare du Programme d’Appui à la Gouvernance des Infrastructures Régionales et Nationales en Afrique Centrale (PAGIRN), financé par l’Union européenne et hébergé par l’ISSEA, vient de franchir une étape décisive dans l’analyse des pratiques portuaires. Depuis sa création, l’OPA a scruté les corridors stratégiques du continent — Douala-Bangui, Douala-N’Djamena, Yaoundé-Libreville — avec une méthodologie rigoureuse. Toutefois, la collecte restait circonscrite au checkpoint de Yassa, point extérieur aux ports eux-mêmes. L’atelier régional qui vient de se tenir, consacré aux résultats des enquêtes menées en 2024 et 2025 dans les enceintes du Port Autonome de Douala (PAD) et du Port Autonome de Kribi (PAK), marque une nouvelle étape de pertinence et d’approfondissement des analyses.


Pratiques anormales et défis logistiques : l’approche segmentée d’OPA
Souhaitant répondre aux recommandations formulées par les acteurs économiques et institutionnels, l’OPA a réalisé des enquêtes spécifiques au sein des ports, véritables points de départ de la chaîne logistique, avec l’accord des directions générales respectives. Ces études, combinant une approche quantitative (questionnaires, suivi des camions) et qualitative (entretiens, observations opérationnelles), ont permis d’évaluer finement la performance institutionnelle et opérationnelle des acteurs tels que les Douanes, GUCE, PAD, PAK, et d’autres opérateurs majeurs.
« La quête d’efficacité dans nos infrastructures portuaires ne peut se satisfaire d’un regard extérieur. Il fallait plonger plus avant, au cœur même des ports. Les résultats de ces enquêtes ouvrent la voie à une gouvernance plus transparente et à une réduction significative des coûts et délais qui plombent encore notre compétitivité régionale. », a précisé le Directeur Général de l’ISSEA, chef de projet de l’OPA


Constats majeurs révélés
Les recherches démontrent que le Port Autonome de Douala, bien qu’historiquement dominant, fait face à des délais de séjour des camions plus élevés, traduisant des procédures encore perfectibles malgré des mesures correctives engagées. En parallèle, le Port de Kribi, en pleine montée en puissance, se positionne comme une alternative et une extension stratégique pour désengorger Douala, offrant de meilleures conditions de transit et d’importation qui devraient accélérer la fluidité des échanges sous-régionaux.

Douala et Kribi : Une complémentarité stratégique
Le Port Autonome de Douala (PAD), pionnier et poumon historique de la sous-région, a fait l’objet d’une attention particulière. Une première enquête en 2024, suivie d’une actualisation en 2025, a permis de mesurer les effets des réformes engagées. Dr Jean-Yves MASSOUKA représentant du PAD a tenu à souligner cette dynamique de progrès lors de son intervention : « Le Port de Douala a entamé une mutation profonde. Les résultats présentés aujourd’hui par l’OPA valident nos efforts de dématérialisation et de réduction des délais de séjour des marchandises. Si des marges de progression subsistent, notamment dans la coordination de certains acteurs institutionnels, nous restons fermement engagés dans une politique de « tolérance zéro » face aux pratiques qui altèrent notre image de marque et la fluidité de nos opérations. »
Parallèlement, le Port Autonome de Kribi (PAK), dont la montée en puissance redessine la carte logistique du Golfe de Guinée, a été passé au crible pour la première fois en août et septembre 2025. Cette étude comparative offre une lecture précieuse de la performance institutionnelle des acteurs tels que les Douanes, le GUCE, ou encore les manutentionnaires comme KCT.
Le représentant du Port Autonome de Kribi a d’ailleurs précisé : « Kribi ne se veut pas seulement un port de substitution, mais un pôle d’excellence opérationnelle. Les données recueillies par l’OPA nous permettent de benchmarker nos procédures par rapport aux standards internationaux. L’efficacité de l’enlèvement et la réduction du temps de passage des camions sont nos priorités absolues pour conforter notre place stratégique dans le dispositif régional. »


Le défi des pratiques anormales et la performance institutionnelle
Toutes deux concernées par les pratiques anormales — allant des retards imputables à des dysfonctionnements administratifs jusqu’à des coûts cachés ou injustifiés — les enquêtes ont également recueilli les perceptions des Commissionnaires en Douane Agréés (CDA). Ces derniers ont réaffirmé la nécessité d’harmoniser les procédures, d’améliorer la formation des agents et de renforcer la transparence, critères essentiels pour une compétitivité accrue.
« Le rôle des CDA est central dans ce maillage logistique. Nous avons aujourd’hui des outils d’alerte et d’analyse performants. Ce qui manque, c’est une volonté partagée d’assainir le processus, de lever les barrières invisibles qui ralentissent le commerce. L’enjeu est stratégique pour l’ensemble des économies riveraines. » a indiqué un représentant des Commissionnaires en Douane Agréés

Perspectives et recommandations
Cette synthèse inédite permet non seulement d’évaluer la situation actuelle, mais également d’inspirer des stratégies régionales coordonnées. L’ISSEA, aux commandes du projet OPA, préconise un renforcement des capacités des institutions, l’adoption d’une gouvernance inclusive et une harmonisation des cadres réglementaires entre les différents ports et pays. Ces mesures doivent s’accompagner d’une digitalisation accélérée des procédures pour une traçabilité optimale des flux.
« Notre ambition est claire : construire un corridor logistique fiable, transparent et efficace, vecteur de développement économique et d’intégration régionale. Les études menées à Douala et Kribi ne sont que le début d’une dynamique qui va révolutionner nos infrastructures. La route est tracée, il nous faut désormais l’emprunter ensemble. » a conclu le Chef de Projet OPA

Au terme de ces premiers résultats présentés lors de l’atelier régional, l’espoir est désormais porté sur une dynamique durable d’amélioration continue. Le renforcement de la gouvernance portuaire en Afrique Centrale, à travers la lutte contre les pratiques anormales et l’optimisation des processus, apparaît plus que jamais comme un levier fondamental pour la compétitivité globale et la croissance inclusive de la région. Douala et Kribi, moteurs logistiques conjugués, préfigurent une nouvelle ère pour les corridors commerciaux du bassin central africain.
Dr Georges Martial Ngalieu
Journaliste – Écrivain
Directeur de publication
Expert consultant international en stratégie Marketing et communication politique

