La deuxième édition du Festival International du Manioc « All Kassava 2025 » s’est ouverte à Douala, sous le parrainage du Ministre de l’Agriculture et du Développement Rural (MINADER), Gabriel Mbairobe, et du Conseil Régional du Littoral. Un événement ambitieux qui met en lumière le potentiel souvent sous-estimé du manioc, mais qui suscite également des interrogations quant à la capacité du Cameroun à transformer ses discours en actions concrètes.

Le discours inaugural du représentant du Conseil Régional du Littoral, au nom de son Président, a tracé les contours d’une vision séduisante : faire du manioc le pilier de la souveraineté alimentaire, un moteur de croissance économique, de création d’emplois, et de promotion des femmes rurales. Cette racine modeste, longtemps reléguée au second plan, est soudainement propulsée au rang de solution miracle face aux défis de la crise alimentaire mondiale et du chômage des jeunes.

Le discours ministériel, quant à lui, a mis l’accent sur la mécanisation de l’agriculture comme levier essentiel pour augmenter la productivité et moderniser les exploitations. Le ministre Mbairobe a exhorté les acteurs de la filière à saisir les opportunités offertes par la mécanisation, rappelant que la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30) place l’agriculture au cœur de la transformation économique du Cameroun.
À première vue, le tableau est idyllique. Un festival flamboyant, des discours mobilisateurs, une vision claire. Mais derrière les projecteurs et les promesses, se cachent les réalités complexes d’un secteur agricole camerounais confronté à des défis structurels majeurs.

La question centrale est de savoir si le Cameroun dispose réellement des moyens de ses ambitions. La mécanisation, si elle est essentielle pour augmenter la productivité, nécessite des investissements massifs en infrastructures, en équipements et en formation. Or, le budget alloué à l’agriculture reste notoirement insuffisant, et l’accès au crédit pour les petits producteurs est souvent un parcours du combattant.
Le discours du Conseil Régional a mis en avant les multiples usages du manioc, allant de l’alimentation à l’énergie en passant par la cosmétique. Mais ces transformations nécessitent des unités de production performantes, capables de garantir une qualité constante et de répondre aux exigences des marchés locaux et internationaux. Le Cameroun est-il prêt à relever ce défi ?
L’enthousiasme affiché lors du festival « All Kassava » contraste avec les difficultés rencontrées par les producteurs sur le terrain. Les infrastructures routières défaillantes entravent l’acheminement des récoltes vers les centres de transformation. Les prix instables découragent les investissements à long terme. La concurrence des produits importés, souvent subventionnés, fragilise la filière locale.

Le discours officiel s’inscrit dans la vision du Président Biya sur la substitution des importations. Mais cette ambition se heurte à la réalité d’un marché camerounais largement ouvert aux produits étrangers, souvent moins chers que les produits locaux. Pour que la substitution des importations devienne une réalité, il est impératif de mettre en place des mesures protectionnistes intelligentes, de renforcer la compétitivité des entreprises locales et de sensibiliser les consommateurs à l’importance de consommer camerounais.
L’appel à l’autonomie alimentaire, à la promotion des femmes rurales et à la conquête des marchés est certes louable. Mais il ne suffira pas de beaux discours pour transformer la réalité. Il faut des politiques publiques cohérentes, des investissements ciblés et une volonté politique réelle de soutenir les acteurs de la filière manioc.

Le festival « All Kassava » est une vitrine du potentiel agricole du Cameroun. Mais il ne doit pas se limiter à un simple événement promotionnel. Il doit être le point de départ d’une réflexion profonde sur les défis et les opportunités du secteur agricole camerounais. Il doit être l’occasion de mettre en place des actions concrètes pour soutenir les producteurs, transformer les produits et conquérir les marchés.
Il serait trop facile de tomber dans le cynisme et de dénoncer une fois de plus le fossé entre les discours et la réalité. L’initiative « All Kassava » a le mérite de mettre en lumière le potentiel du manioc et de mobiliser les acteurs de la filière. Il est donc essentiel de soutenir cette initiative, de l’accompagner et de veiller à ce qu’elle ne se limite pas à un simple feu de paille.


Le Cameroun a les atouts pour devenir un acteur majeur de l’agro-industrie africaine. Mais pour y parvenir, il faut passer des paroles aux actes, des promesses aux réalisations. Il faut investir dans l’agriculture, soutenir les producteurs, moderniser les exploitations et promouvoir la consommation locale. Il faut transformer le manioc en un véritable moteur de développement économique et social.

Le festival « All Kassava » est un symbole d’espoir, mais aussi un rappel des défis à relever. Pour que le Cameroun puisse réellement récolter les fruits de son potentiel agricole, il faut une volonté politique forte, des investissements massifs et une mobilisation de tous les acteurs de la filière manioc. Le temps des discours est révolu. Le temps de l’action est venu.
Dr Georges Martial Ngalieu
Journaliste – Écrivain
Directeur de publication
Expert consultant international en stratégie Marketing et communication politique

