Le 9 juin 2004, un sourire narquois aux lèvres, Paul Biya, alors président du Cameroun depuis 22 ans, a déclaré aux médias, à sa descente d’avion à l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen : « Des gens s’intéressent à mes funérailles. Je leur donne rendez-vous dans 20 ans. » Ces mots, prononcés avec une pointe d’ironie et de défi, ont marqué les esprits et résonnent aujourd’hui avec une force particulière.
20 ans et 4 mois se sont écoulés, et le Cameroun se retrouve face à un scénario similaire. La santé du président, qui fêtera ses 92 ans en février prochain, fait l’objet de rumeurs persistantes, alimentant les inquiétudes sur son avenir et celui du pays. Le spectre du rendez-vous annoncé en 2004 plane sur le Cameroun, suscitant un débat public intense et une incertitude palpable quant à la direction que prendra la nation après le départ, inéluctable, de son dirigeant historique.

Le long règne de Paul Biya, débuté en 1982, a profondément façonné l’histoire du Cameroun. Il a été marqué par une période de stabilité politique relative, mais aussi par une stagnation économique et une répression politique. Malgré les critiques, le bilan de Biya reste ambigu. Il a su maintenir la paix, mais au prix d’une politique autoritaire, freinant l’émergence d’une société civile dynamique et d’un système politique plus inclusif.
L’absence de processus de succession clair, nourrie par le silence du président sur son avenir politique et une culture de l’opacité au sein de son entourage, a contribué à créer un climat d’incertitude et d’instabilité latente. Le silence sur la succession a permis à la question de l’âge du président et de son état de santé de devenir un sujet sensible, voire tabou, dans le débat public.
Au fil des années, le Cameroun a connu des soulèvements sociaux, des contestations politiques et des crises, dont la plus importante est la crise anglophone qui déchire le pays depuis 2016. La jeunesse camerounaise, qui représente plus de la moitié de la population, exprime sa frustration face à un système politique jugé corrompu et inadapté aux défis du XXIe siècle. Elle aspire à un avenir plus juste et plus prospère, nourrissant un espoir de changement et de renouveau.


Le Cameroun est un pays riche et diversifié, confronté à de nombreux défis : la crise anglophone, l’instabilité politique dans certaines régions, la pauvreté, le manque d’infrastructures, et la corruption. L’absence d’un leadership clair et d’une vision d’avenir, dans un contexte de transition incertaine, alimente les inquiétudes sur le devenir du pays. Le spectre d’un autre rendez-vous dans 20 ans suscite des interrogations légitimes sur la capacité du Cameroun à s’adapter et à progresser.
Le retour de la question de la succession et de l’avenir politique du Cameroun appelle à un débat public serein et ouvert. Le silence et l’opacité ont nourri la suspicion et la méfiance, empêchant une transition apaisée et un dialogue constructif sur les enjeux de l’avenir.
Il est urgent de briser le silence et de créer les conditions d’un dialogue national sincère et inclusif sur la succession présidentielle et le devenir du Cameroun. La question de la succession ne peut plus être éludée, ni considérée comme un tabou. C’est un sujet crucial qui doit être abordé avec prudence et responsabilité.

Le spectre d’un autre rendez-vous dans 20 ans plane sur le Cameroun. Il reste à voir si le pays saura, cette fois-ci, se préparer à un avenir incertain. La capacité du Cameroun à s’adapter à la transition, à s’engager dans un processus de renouvellement et de modernisation, dépendra de la volonté des élites à briser les tabous, à promouvoir la démocratie et à garantir la participation citoyenne dans la prise de décision.
L’avenir du Cameroun est en jeu. L’heure est à la responsabilisation des élites et à la mobilisation de tous les acteurs de la société pour bâtir un avenir meilleur pour le pays.
Georges Martial Ngalieu

