CAMEROUN : L’INFORMATION PRIVÉE D’ACCÈS, UN PRIVILÈGE DES CERCLES FERMÉS…???.

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Au Cameroun, le paysage médiatique privé, autrefois perçu comme un bastion de la liberté d’expression et un pilier du débat public, semble naviguer dans des eaux troubles. L’accès à l’information, aux commodités essentielles et aux appuis nécessaires à son fonctionnement se mue, insidieusement, en une question d’appartenance à des groupes d’influence, des loges et des cercles de pouvoir. Cette tendance alarmante menace l’indépendance et la diversité de la presse privée, pilier indispensable d’une démocratie en bonne santé.

Dans un contexte où l’information est un pouvoir, la capacité d’un média à accéder à des sources fiables, à des données exclusives et à des tribunes d’expression devient un enjeu crucial. Or, il semble que cette capacité soit de plus en plus conditionnée par des affiliations occultes ou des alliances stratégiques avec des figures influentes. Les journalistes et les médias qui ne s’inscrivent pas dans ces réseaux se retrouvent marginalisés, privés d’informations essentielles et, par conséquent, de la possibilité d’informer correctement le public.

Cette situation se manifeste de plusieurs manières. D’abord, l’accès aux informations gouvernementales, aux données statistiques et aux sources officielles devient un parcours du combattant pour les médias indépendants. Les informations sont filtrées, les demandes d’interviews restent sans réponse et les conférences de presse sont sélectives, favorisant les organes de presse jugés « amis » ou « complaisants ». Cette opacité entrave le travail d’investigation et la capacité des journalistes à exercer leur rôle de contre-pouvoir.

Ensuite, l’accès aux ressources financières et aux appuis logistiques se fait également sur la base de critères d’appartenance. Les subventions publiques, les contrats publicitaires et les dons philanthropiques sont souvent dirigés vers les médias qui se montrent favorables au pouvoir en place ou qui appartiennent à des personnalités influentes. Cette situation crée une concurrence déloyale et fragilise les médias indépendants, qui peinent à survivre dans un environnement économique hostile.

Enfin, la pression exercée par les lobbys et les groupes d’influence se manifeste également par des pressions directes sur les journalistes et les médias. Les menaces, les intimidations et les tentatives de corruption sont autant de moyens utilisés pour contrôler l’information et orienter la ligne éditoriale des journaux. Les journalistes qui osent dénoncer les pratiques douteuses de ces groupes se retrouvent souvent isolés, voire victimes de campagnes de diffamation ou de harcèlement.

Cette dérive pose un problème majeur pour la démocratie camerounaise. Une presse privée qui ne peut pas exercer son rôle de manière indépendante et impartiale perd sa crédibilité et sa capacité à informer correctement le public. Les citoyens se retrouvent privés d’informations essentielles pour prendre des décisions éclairées et participer activement à la vie démocratique. La liberté d’expression, pourtant garantie par la Constitution, devient un vœu pieux, une coquille vide.

Il est urgent de prendre des mesures pour inverser cette tendance et garantir l’indépendance et la diversité de la presse privée au Cameroun. Cela passe par plusieurs actions :

•  Garantir l’accès à l’information : Le gouvernement doit mettre en place des mécanismes transparents et équitables pour garantir l’accès à l’information à tous les médias, sans discrimination.
•  Soutenir financièrement la presse indépendante : Des fonds publics doivent être alloués à la presse indépendante, en fonction de critères objectifs et transparents, pour lui permettre de survivre et de se développer.
•  Protéger les journalistes : Les autorités doivent garantir la sécurité des journalistes et lutter contre l’impunité des auteurs de violences et d’intimidations à leur encontre.
•  Renforcer l’autorégulation de la profession : Les journalistes doivent s’organiser pour mettre en place des mécanismes d’autorégulation et de déontologie, afin de garantir la qualité et l’impartialité de l’information.
•  Sensibiliser le public : Il est essentiel de sensibiliser le public à l’importance d’une presse libre et indépendante, et de l’encourager à soutenir les médias qui font un travail de qualité.

L’accès à l’information n’est pas un privilège, mais un droit fondamental. Il est du devoir des autorités et de la société civile de garantir ce droit à tous les citoyens, en protégeant l’indépendance et la diversité de la presse privée. L’avenir de la démocratie camerounaise en dépend. Faute de quoi, l’information continuera d’être un instrument de pouvoir, réservé à une élite, au détriment de l’intérêt général. La voix du peuple, étouffée par les murmures des cercles fermés, risque de s’éteindre définitivement.

Dr Georges Martial Ngalieu
Journaliste – écrivain, DBA en stratégie Marketing et communication politique

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