Paul Biya, 93 printemps au compteur et 42 hivers passés au sommet de l’État camerounais, est bien plus qu’un chef d’État. Il est une institution, un monument de longévité politique, et, pour beaucoup, un verrou cadenassant l’avenir du Cameroun. L’annonce de sa candidature à un hypothétique huitième mandat sonne comme un glas pour l’alternance, une moquerie amère pour une nation aspirant au renouveau.
Biya, c’est l’incarnation d’une stratégie de conservation du pouvoir érigée en art. Un art subtil, fait de clientélisme, de divisions savamment entretenues, et d’une main de fer gantée de velours diplomatique. Le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), parti-État par excellence, est l’instrument docile de cette domination sans partage. L’opposition, fragmentée et souvent cooptée, se débat dans les sables mouvants d’un système conçu pour l’étouffer.
La clé de l’alternance, Paul Biya l’a non seulement avalée, mais il semble la digérer avec une délectation perverse. Aucun laxatif politique ne semble assez puissant pour la lui faire rendre. Les scrutins se succèdent, reproduisant inlassablement le même scénario : une victoire écrasante du président sortant, entachée d’accusations de fraudes massives et de manipulations électorales. L’Union Africaine et les observateurs internationaux, souvent complaisants, se contentent de vagues condamnations, tandis que le Cameroun s’enfonce dans un immobilisme stagnant.
Le pays, riche de son pétrole, de ses terres fertiles et de sa jeunesse dynamique, souffre d’une gouvernance opaque et d’une corruption endémique. Les infrastructures se dégradent, l’éducation est en crise, et le chômage des jeunes atteint des sommets vertigineux. Pendant ce temps, une élite prédatrice s’enrichit outrageusement, pillant les ressources du pays avec une impunité effarante.
Alors, faut-il désespérer du Cameroun ? Faut-il se résigner à voir ce pays sombrer dans un népotisme dynastique ? Non. Car même dans les ténèbres les plus profondes, l’espoir peut renaître. La Bible, souvent brandie par les hommes de pouvoir pour justifier leurs actions, nous enseigne aussi la possibilité de la rédemption.
« Que la justice coule comme un fleuve, et la droiture comme un torrent intarissable » (Amos 5:24). Ce verset, vibrant d’indignation prophétique, appelle à une transformation radicale, à un renversement des injustices établies. Il nous rappelle que la soif de justice est inscrite au plus profond de l’âme humaine, et qu’elle finira par se manifester, même si elle est longtemps étouffée.
De même, « Il renverse les puissants de leurs trônes, et il élève les humbles » (Luc 1:52). Cette parole, tirée du Magnificat, le cantique de Marie, proclame un renversement des hiérarchies établies, une redistribution des cartes du pouvoir. Elle annonce une ère nouvelle où les opprimés seront relevés et les oppresseurs détrônés.
Ces versets ne sont pas de simples incantations religieuses. Ils sont des symboles de résistance, des appels à l’action. Ils nous rappellent que le peuple camerounais a le droit de rêver d’un avenir meilleur, d’une alternance véritable, d’une gouvernance juste et transparente.
Le sauvetage du Cameroun ne viendra pas d’un homme providentiel, ni d’une intervention extérieure. Il viendra d’une prise de conscience collective, d’une mobilisation citoyenne, d’une détermination inébranlable à briser les chaînes de la servitude. Il viendra de la capacité du peuple camerounais à se réapproprier son destin, à exiger des comptes de ses dirigeants, et à construire un avenir où la justice et la prospérité seront partagées par tous.
Paul Biya pourra bien briguer un huitième mandat, il pourra bien continuer à avaler la clé de l’alternance. Mais il ne pourra pas éteindre la flamme de l’espoir qui brûle dans le cœur de chaque Camerounais. Car, comme l’écrivait Victor Hugo, « Rien n’est plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue. » Et l’heure de l’alternance au Cameroun est peut-être plus proche qu’on ne le croit.
Dr Georges Martial Ngalieu
Journaliste – Écrivain
Directeur de publication
Expert consultant international en stratégie Marketing et communication politique

