AFRIQUE CENTRALE : DOUALA AU CŒUR DE LA PROTECTION DU PATRIMOINE EN ZONES DE CONFLIT.

0
196

Un atelier sous-régional crucial s’est tenu à Douala du 18 au 20 mars 2025, mettant en lumière l’importance vitale de la Convention de La Haye de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé et de ses deux Protocoles additionnels. Cet événement rassemblera des experts du patrimoine culturel et des responsables des écoles et centres de formation des forces de défense et de sécurité, dans un contexte régional marqué par des défis sécuritaires majeurs.

L’Afrique centrale, riche d’une histoire et d’une diversité culturelle exceptionnelles, se trouve malheureusement confrontée à une situation politique et sécuritaire instable. Tensions internes, crises politiques et attaques récurrentes de groupes armés menacent la stabilité de la région, malgré les efforts déployés pour la pacification. Dans ce contexte fragile, la protection du patrimoine culturel devient un impératif urgent.

Les conflits armés représentent une menace directe pour les biens culturels, qu’ils soient matériels (sites archéologiques, monuments historiques, œuvres d’art) ou immatériels (traditions orales, rituels, savoir-faire). Les destructions peuvent être intentionnelles, utilisées comme arme de guerre ou moyen de domination culturelle, ou collatérales, résultant des combats et des bombardements. Le pillage et le trafic illicite de biens culturels, alimentés par l’instabilité, prospèrent également, finançant des réseaux criminels et privant les nations de leur héritage.

La destruction du patrimoine culturel, outre sa valeur intrinsèque, peut avoir des conséquences dévastatrices sur les sociétés. Elle peut être instrumentalisée à des fins de propagande, exacerber les tensions intercommunautaires et rendre la résolution des conflits et la reconstruction post-conflit plus complexes. Cette dynamique délétère a été reconnue par le Conseil de Sécurité des Nations Unies, qui, dans sa résolution 2347, a appelé les États à s’engager fermement dans la protection de leurs biens culturels afin de contrer les activités terroristes et de favoriser un retour à la paix durable.

C’est dans ce contexte que la Convention de La Haye de 1954 et ses deux Protocoles (1954 et 1999) prennent toute leur importance. Ces instruments juridiques internationaux fournissent un cadre essentiel pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé. Ils définissent des règles et des directives claires, notamment en matière de mesures à prendre en temps de paix pour prévenir les dommages, et prévoient des sanctions en cas de violations. Un élément crucial souligné par la Convention est l’engagement solide des parties civiles et militaires dans la protection du patrimoine.

L’un des défis majeurs en Afrique centrale, au-delà de la ratification de la Convention et de ses Protocoles, réside dans l’intégration effective de la protection du patrimoine culturel et du droit du patrimoine culturel au sein des forces de défense et de sécurité. Ces dernières, chargées d’assurer l’intégrité du territoire, ainsi que la sécurité des populations et des biens, doivent être sensibilisées à l’importance de cette mission.

En vertu de l’article 7 de la Convention de La Haye et de ses deux Protocoles, le personnel militaire joue un rôle de premier plan dans la protection des biens culturels, tant en temps de paix que lors des opérations militaires. L’intégration de la protection du patrimoine dans la formation des militaires est donc primordiale pour prévenir les dommages intentionnels ou accidentels aux sites historiques, monuments et objets culturels.

Les forces armées, souvent déployées dans des zones où le patrimoine culturel est menacé, doivent être informées des obligations légales découlant des traités internationaux, tels que la Convention de La Haye. Cette sensibilisation permet de garantir le respect du droit humanitaire international et de faire des militaires des acteurs actifs de la protection des biens culturels, répondant ainsi à leurs impératifs moraux et légaux.

L’atelier de Douala visait précisément à renforcer cette sensibilisation et à favoriser la collaboration entre les experts du patrimoine culturel et les responsables de la formation des forces de défense et de sécurité. Il s’agira de mettre en place des stratégies concrètes pour intégrer la protection du patrimoine culturel dans les programmes de formation militaire et de promouvoir une culture du respect du patrimoine au sein des forces armées.

Enfin, l’article 7 de la Convention de La Haye souligne l’importance d’une collaboration civilo-militaire solide pour assurer une approche globale et efficace de la protection des biens culturels. L’atelier de Douala était également l’occasion de renforcer ce dialogue et de développer des partenariats entre les acteurs civils et militaires afin de garantir la protection du patrimoine culturel en Afrique centrale.

Il est important de rappeler que cet atelier de Douala représente une étape cruciale dans la mise en œuvre de la Convention de La Haye de 1954 en Afrique centrale. En renforçant la sensibilisation et la formation des forces de défense et de sécurité, en promouvant la collaboration civilo-militaire, cet événement contribuera à la protection du patrimoine culturel de la région, un élément essentiel pour la paix, la réconciliation et le développement durable.

Dr Georges Martial Ngalieu
Journaliste – écrivain
Doctorat en stratégie Marketing et communication politique

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici