Le 24 mars 2025 marque le 40e anniversaire de la fondation du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), parti au pouvoir sous la houlette du Président Paul Biya depuis 1982. Cette date anniversaire offre une opportunité unique pour un regard critique et croisé sur le rôle du RDPC et de la gouvernance de Paul Biya comme moteurs du développement au Cameroun. Au-delà des célébrations officielles, il est essentiel d’analyser en profondeur les réalisations, les défis et les perspectives de ce long règne, dans un contexte africain en constante mutation.
*Un Contexte de Stabilité dans une Afrique Turbulente : Illusion ou Réalité ?*
L’un des arguments fréquemment avancés pour justifier la longévité du RDPC au pouvoir est la stabilité institutionnelle qu’il aurait garantie au Cameroun, contrastant avec l’instabilité politique et les transitions conflictuelles observées dans d’autres pays africains. Si la stabilité apparente est indéniable, il convient toutefois de s’interroger sur sa nature et son coût. Cette stabilité est-elle le fruit d’une véritable adhésion populaire au projet politique du RDPC, ou plutôt le résultat d’une centralisation excessive du pouvoir, d’un contrôle étroit de l’appareil étatique et d’une répression des voix dissidentes ?
Par ailleurs, l’absence de conflits majeurs ne signifie pas nécessairement l’absence de tensions sociales et politiques. Le Cameroun reste confronté à des défis importants, tels que la crise anglophone, les inégalités régionales, la corruption endémique et le chômage des jeunes, qui menacent la stabilité à long terme du pays. La capacité du RDPC à apporter des solutions durables à ces problèmes constitue un enjeu majeur pour l’avenir.
*Les Réformes du Renouveau : Une Modernisation à Double Tranchant ?*
La transformation de l’UNC en RDPC en 1985, présentée comme une rupture avec les méthodes autoritaires du passé, a inauguré une ère de réformes institutionnelles, économiques et sociales visant à moderniser le Cameroun. L’adoption de la Constitution de 1996, en particulier, est souvent citée comme un jalon important dans la construction d’un État de droit. Toutefois, il est crucial d’examiner de près la portée réelle de ces réformes.
Le renforcement du pouvoir exécutif, au détriment des autres institutions, a-t-il favorisé l’efficacité de l’action publique, ou plutôt créé un système politique opaque et peu redevable ? Le pluralisme politique a-t-il permis une véritable expression démocratique, ou a-t-il été instrumentalisé pour légitimer le pouvoir en place ? Les réformes économiques, dictées par les institutions financières internationales, ont-elles contribué à améliorer le niveau de vie de la population, ou ont-elles creusé les inégalités sociales et économiques ?
*Les Grandes Ambitions et les Grandes Réalisations : Un Bilan en Demi-Teinte ?*
Les politiques économiques impulsées par le RDPC sous la conduite du Président Biya, marquées par les phases des Grandes Ambitions puis des Grandes Réalisations, témoignent d’une volonté affichée d’arrimer le Cameroun à la modernité économique. La construction d’infrastructures, la réforme du système éducatif, la professionnalisation de la jeunesse et la mise en valeur des potentialités locales sont autant d’objectifs louables.
Cependant, le bilan de ces politiques reste en demi-teinte. Les infrastructures construites sont-elles adaptées aux besoins réels de la population ? La réforme du système éducatif a-t-elle permis d’améliorer la qualité de l’enseignement et de réduire le chômage des jeunes ? La professionnalisation de la jeunesse a-t-elle créé des emplois décents et durables ? La mise en valeur des potentialités locales a-t-elle bénéficié à tous les Camerounais, ou seulement à une minorité privilégiée ?
*L’Avenir du RDPC et du Cameroun : Quelles Perspectives ?*
À l’approche du 40e anniversaire du RDPC, il est impératif de se projeter vers l’avenir et de s’interroger sur les perspectives du Cameroun. La succession du Président Biya, qui approche de ses 90 ans, constitue un enjeu majeur pour la stabilité politique du pays. La capacité du RDPC à organiser une transition pacifique et démocratique du pouvoir déterminera l’avenir du Cameroun.
Par ailleurs, il est essentiel de repenser le modèle de développement économique du Cameroun, en mettant l’accent sur la diversification de l’économie, la promotion de l’entrepreneuriat, la lutte contre la corruption et la réduction des inégalités sociales et économiques. La participation de la société civile, des jeunes et des femmes à la définition et à la mise en œuvre des politiques publiques est également indispensable pour construire un Cameroun plus juste, plus démocratique et plus prospère.
*Un Bilan Nuancé et un Appel à la Lucidité*
Le 40e anniversaire du RDPC offre une occasion précieuse pour un bilan nuancé et une réflexion lucide sur la gouvernance de Paul Biya et le développement du Cameroun. Si des progrès ont été réalisés dans certains domaines, de nombreux défis restent à relever. La stabilité politique ne doit pas être un prétexte pour justifier l’immobilisme et le statu quo. Les réformes doivent être approfondies et mises en œuvre de manière transparente et inclusive. Le développement économique doit bénéficier à tous les Camerounais, et non seulement à une élite privilégiée.
L’avenir du Cameroun dépendra de la capacité du RDPC et de ses dirigeants à tirer les leçons du passé, à reconnaître les erreurs commises et à engager le pays sur la voie d’une véritable transformation politique, économique et sociale. Il est temps de passer d’un discours de stabilité à une action concrète pour un développement durable et inclusif, qui bénéficie à tous les Camerounais. Seule une telle approche permettra au Cameroun de relever les défis du XXIe siècle et de construire un avenir prospère pour les générations futures.
Dr Georges Martial Ngalieu
Journaliste – écrivain
DBA en stratégie Marketing et communication politique

