Les relations entre le Niger et le Nigeria connaissent une nouvelle détérioration. Mercredi 18 décembre dernier, le ministre nigérien des Affaires étrangères a convoqué la chargée d’affaires de l’ambassade du Nigeria à Niamey pour exprimer sa vive préoccupation face à des accusations graves de déstabilisation. Niamey accuse directement l’appareil sécuritaire nigérian de complicité dans des attaques répétées visant le pipeline Niger-Bénin.
Selon des sources gouvernementales nigériennes, plusieurs actes de sabotage ont été perpétrés à proximité des localités de Dioundiou, Lido et Karakara, dans la région de Dosso. Ces attaques, d’après Niamey, seraient orchestrées depuis le territoire nigérian, avec la participation active de « fugitifs de l’ancien régime » nigérien. Ces derniers, en collaboration avec des officiels nigérians, seraient impliqués dans une campagne de déstabilisation visant à semer le chaos et la violence à travers le pays.
Le gouvernement nigérien dénonce un « silence complice » de la part des autorités nigérianes face à ces accusations, contredisant les déclarations antérieures d’Abuja prônant une normalisation des relations bilatérales. Cette inaction est perçue comme une preuve de complicité, selon Niamey.
Au-delà des attaques contre le pipeline, le Niger s’inquiète également de la construction de camps militaires à Gigani et Gidan Kata, situés à la frontière nigériane. La présence de forces étrangères à proximité de ses frontières est interprétée comme une menace supplémentaire à la sécurité nationale. Ces préoccupations sécuritaires viennent s’ajouter à la tension diplomatique déjà existante, suscitant des interrogations quant à la volonté réelle du Nigeria de coopérer véritablement avec son voisin.
Les relations entre Niamey et Abuja sont tendues depuis le coup d’État du 26 juillet 2023. Le Nigeria, membre actif de la CEDEAO, a appliqué les sanctions imposées au Niger suite au renversement du président Mohamed Bazoum, notamment la fermeture des frontières et la suspension de l’approvisionnement en électricité. Si une tentative de réconciliation a eu lieu en août 2024 avec la visite du général Christopher Musa, chef d’état-major des armées du Nigeria, et la signature d’un mémorandum d’entente sur la coopération militaire, les récentes accusations remettent en question la sincérité de ces efforts de rapprochement.
L’incident met en lumière la fragilité des relations entre les deux pays et les enjeux géopolitiques importants dans la région. Le Niger, accusant le Nigeria de jouer un rôle déstabilisateur, appelle à une enquête approfondie sur ces accusations et demande à Abuja de prendre ses responsabilités. Pour Niamey, il est primordial que le Nigeria cesse de soutenir les éléments déstabilisateurs et respecte pleinement la souveraineté du Niger. Le gouvernement nigérien, dans un communiqué diffusé par la télévision nationale, a réaffirmé son engagement à garantir la paix et la sécurité de sa population et sa volonté de coopérer avec tous les pays épris de paix, dans un esprit de fraternité et de respect mutuel. Cependant, la gravité des accusations laisse présager une période de tension diplomatique persistante entre ces deux voisins.
Georges Martial Ngalieu

