LE DÉSENGAGEMENT DES BANQUES OCCIDENTALES D’AFRIQUE : UNE ANALYSE EMPIRIQUE DE Dr. OLIVIER YOTCHA

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Le paysage bancaire africain connaît une profonde transformation. Alors qu’il y a un siècle, le continent était considéré comme une terre d’opportunités pour les banques occidentales, notamment françaises (Société Générale) et britanniques (Standard Chartered Bank), la situation a considérablement évolué. Ces institutions, qui bénéficiaient autrefois de marges confortables en raison de la faible concurrence, font aujourd’hui face à un désengagement progressif, comme en témoignent les récentes décisions de Société Générale de céder plusieurs filiales et de Standard Chartered Bank de se retirer du continent. Le Dr. Olivier Yotcha, Banquier international, expert financier assermenté, décrypte cette tendance.

Causes du désinvestissement : Un faisceau de facteurs convergents

Plusieurs éléments expliquent ce désengagement progressif :

•  La crise financière de 2008 et le durcissement des normes prudentielles : La crise a conduit à un renforcement des ratios prudentiels pour garantir la solidité des banques. Cette mesure, bien que nécessaire, a eu pour effet de réduire les risques et par conséquent, les profits des banques occidentales.

•  La conjoncture économique internationale volatile : Les fluctuations des devises et l’instabilité économique mondiale ont pesé sur l’évolution des économies africaines, rendant les opérations bancaires moins rentables.

•  L’offensive des acteurs émergents : Les entreprises chinoises, russes, turques, traitant désormais majoritairement avec des banques de leurs pays, ont marginalisé les banques occidentales en Afrique. Selon une étude d’Ecofin, les entreprises françaises ont perdu 30% de part de marché ces 50 dernières années au profit de la Chine.

•  La mutation endogène du marché bancaire africain : Un phénomène majeur est l’émergence et la croissance des banques panafricaines et régionales. Des institutions telles qu’ECOBANK, BOA, UBA, ORABANK, BANQUE ATLANTIQUE, ACCESS BANK, et BGFI BANK, gagnent du terrain et deviennent des acteurs incontournables. Au niveau national, des banques comme AFB et CCA BANK se positionnent comme des alternatives crédibles.

Le cas spécifique du Cameroun : Une concurrence accrue et un marché en restructuration

Le marché bancaire camerounais est un bon exemple de cette mutation. L’arrivée récente de CCA BANK, ACESS BANK et BANGE BANK, ainsi que le renforcement de la position de AFB, ECOBANK et UBA, témoignent d’une concurrence accrue. La restructuration réussie de CBC Bank et Union Bank Cameroon a également contribué à ce dynamisme. Cette reconfiguration du marché a, en partie, justifié le désinvestissement du groupe Société Générale, qui était représenté par la SGC.

•  Perte de parts de marché pour les banques occidentales: L’augmentation de la concurrence et l’émergence des acteurs locaux et régionaux ont conduit à une érosion des parts de marché des banques occidentales.

•  Restructuration des économies africaines et émergence des capitaines d’industries: Les économies africaines se structurent et des acteurs majeurs, comme l’industriel DANGOTE, sont accompagnés par les banques locales et régionales.

•  Désaffection des entreprises occidentales : Les multinationales occidentales perdent des parts de marché au profit des entreprises chinoises, lesquelles sont accompagnées par les banques chinoises.

Perspectives : Un avenir prometteur pour les banques africaines

L’avenir du marché bancaire africain semble prometteur pour les acteurs locaux et régionaux. L’économie africaine s’autonomise progressivement et a besoin d’une réponse adaptée à ses spécificités. L’intérêt des entrepreneurs africains pour le secteur financier favorise l’essor des banques locales et régionales. De plus, la multipolarité des partenariats économiques, avec l’arrivée d’acteurs comme la Russie, la Turquie et l’Inde, constitue un facteur de croissance pour les banques africaines. L’entrée en vigueur de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF) renforcera cette tendance en stimulant l’activité et l’expansion de ces institutions.

Un nouveau paysage bancaire africain en devenir

Le départ des banques occidentales d’Afrique est donc le résultat d’une combinaison de facteurs économiques, politiques et structurels complexes. Il ouvre de nouvelles perspectives pour le secteur bancaire africain, en particulier pour les banques locales et régionales, qui se positionnent désormais comme des acteurs incontournables de la croissance du continent. Un atout majeur de cette évolution réside dans la consolidation d’un marché bancaire endogène, moins dépendant des aléas et des politiques financières occidentales.

En effet, il est essentiel de rappeler que les banques secondaires jouent un rôle crucial dans la création de monnaie, en octroyant des crédits aux agents économiques. Chaque prêt accordé stimule l’activité économique et contribue à la croissance. C’est la raison pour laquelle chaque économie a besoin de banques locales fortes pour soutenir son développement et financer ses projets.

L’avenir du marché bancaire africain se dessine ainsi sous le signe de l’autonomie et de l’innovation. Les banques africaines ont une carte à jouer pour accompagner l’essor économique du continent, répondre aux besoins spécifiques de leurs clientèles et promouvoir un développement inclusif et durable. L’Afrique est en pleine transformation, et son secteur bancaire ne fait pas exception.


Olivier YOTCHA
Docteur en Finance, Banquier International et Expert financier Assermenté, Consultant Voix de l’Afrique

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