Sous l’égide de l’ICC YAAF (International Chamber of Commerce – Young Arbitrators and ADR Forum), la capitale économique camerounaise Douala, a accueilli ce 08 janvier 2026 un séminaire de haut niveau consacré à l’efficacité de l’arbitrage dans les litiges de sociétés. Entre nécessité de spécialisation et quête de célérité, retour sur un événement qui dessine les contours d’une justice d’affaires moderne pour l’Afrique centrale.
Un impératif de spécialisation pour la jeune garde du barreau
L’arbitrage ne se contente plus d’être une alternative à la justice étatique ; il s’impose désormais comme le pivot central de la résolution des litiges corporatifs complexes. Dans un contexte de transactions transfrontalières croissantes, les jeunes praticiens sont appelés à maîtriser des stratégies sophistiquées, de la rédaction des clauses compromissoires à la gestion des preuves, en passant par les problématiques multipartites et les litiges post-acquisition.

Pour Me Aminatou Ekobé, avocate aux barreaux de Bruxelles et du Cameroun et représentante de l’ICC YAAF pour l’Afrique, l’enjeu est avant tout pédagogique : « Notre mission est de promouvoir l’arbitrage tout en permettant aux professionnels de moins de 40 ans de renforcer leurs compétences techniques. Nous voulons leur offrir une expertise de pointe pour qu’ils s’alignent sur les standards internationaux. La justice étatique est aujourd’hui perçue comme parfois inadaptée aux exigences de célérité du monde des affaires. Notre but est de mettre ces jeunes praticiens au diapason des outils modernes. »

La formation continue : une obligation de compétence et de compétitivité
Si l’arbitrage séduit par sa flexibilité, il exige en retour une rigueur absolue. Me Mafetgo Clémence, participante active à cette session, souligne que cette quête d’excellence est la seule voie vers la compétitivité. « Dans de nombreux barreaux étrangers, l’avocat a l’obligation de se soumettre à un quota d’heures de formation chaque année, sous peine de suspension. Si cette exigence n’est pas encore formellement ancrée au Cameroun, l’avocat moderne doit s’inscrire de lui-même dans un cycle de formation permanente. »
Pour cette praticienne, qui a déjà parfait son expérience au Kenya sous l’égide de la Chambre de Commerce Internationale (ICC), la spécialisation est l’unique rempart contre la saturation du marché : « Le barreau camerounais reste encore majoritairement généraliste. J’encourage vivement mes collaborateurs à investir des domaines de niche. Le marché est vaste, mais il ne profite qu’à ceux qui détiennent une expertise technique. Tant que vous êtes spécialisé et expérimenté, le travail ne manquera jamais. »

Confidentialité, rapidité et expertise : les atouts face à la justice étatique
L’arbitrage se définit comme un mode alternatif de règlement des différends (MARC) offrant une issue pacifique et privée aux conflits. Contrairement à la justice étatique, dont les magistrats ne sont pas toujours au fait des subtilités techniques de certains secteurs industriels ou financiers, l’arbitrage permet aux parties de choisir leurs juges : les arbitres.
« Ce sont des arbitres désignés par les parties, ou des arbitres « ad hoc », qui tranchent le litige, » explique Me Mafetgo Clémence. « L’arbitrage possède cette particularité d’être rendu par des experts. Il permet d’éviter les lenteurs procédurales et certains maux qui peuvent entacher la justice publique, comme la corruption, qui reste ici extrêmement marginale. La confidentialité et la rapidité sont des atouts majeurs pour les entreprises qui ne peuvent se permettre des procès s’étalant sur des décennies. »

Les défis de l’arbitrage international : une question de souveraineté ?
Malgré ses vertus, l’arbitrage international se heurte parfois à la réalité des rapports de force géopolitiques. Interrogée sur la capacité des grandes puissances à se plier à ces règles, Me Mafetgo Clémence nuance : « Il est parfois difficile de soumettre certains États puissants à l’arbitrage, notamment face à des États africains. Ces puissances se considèrent souvent comme les « lions de la forêt » juridique. Si l’arbitrage est monnaie courante à l’intérieur de pays comme les États-Unis, le voir s’appliquer de manière contraignante contre eux dans un litige avec un État du Sud reste un défi complexe. »
Un futur tourné vers l’excellence
Le séminaire de Douala n’était pas seulement une plateforme d’apprentissage, mais aussi un espace de réseautage stratégique. En réunissant praticiens de l’arbitrage, avocats d’affaires, juristes d’entreprise et responsables judiciaires, l’ICC YAAF a jeté les bases d’une communauté de pratique robuste en Afrique Centrale.
L’objectif est clair : faire du Cameroun une place forte de l’arbitrage OHADA et international, où la sécurité juridique des investissements est garantie par la qualité et l’intégrité des acteurs du droit. Comme le conclut Me Ekobé, l’excellence technique des jeunes arbitres africains est la clé pour que le continent ne soit plus seulement un terrain de litiges, mais aussi un pôle de décisions.
Dr Georges Martial Ngalieu
Journaliste – Écrivain
Directeur de publication
Expert consultant international en stratégie Marketing et communication politique

