À Douala, le coup d’envoi d’un séminaire stratégique marque une volonté ferme du gouvernement de corriger les défaillances de collecte des recettes non fiscales. Avec un objectif ambitieux de 400 milliards de FCFA, l’État camerounais cherche à transformer ses nouvelles niches fiscales en leviers de croissance, malgré des contre-performances persistantes.
À l’heure où l’État camerounais cherche à consolider ses marges de manœuvre budgétaires, la gestion des recettes non fiscales (RNF) devient un enjeu de souveraineté économique. Entre ambitions de croissance et réalités de terrain, le séminaire de Douala marque une volonté de rupture avec les contre-performances passées.
Sous l’égide de la gouvernance régionale, la capitale économique camerounaise devient, ce 10 juin 2026, l’épicentre d’une mutation structurelle des finances publiques. Présidé par le Gouverneur de la région du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, représenté pour l’occasion par Madame Zenabou Mali, épouse Hamadou Bakary, chef de la division des affaires administratives et juridiques des services du gouverneur de la région du Littoral, le séminaire de sensibilisation et de formation des responsables des services centraux et déconcentrés s’ouvre dans un contexte de haute exigence budgétaire.

Le spectre de l’inefficience budgétaire
L’examen des comptes révèle une réalité brutale. Pour l’exercice 2026, l’État table sur une enveloppe globale de 400 milliards de FCFA au titre des recettes non fiscales, dont 18 milliards sont issus de mesures inédites inscrites à la Loi de Finances. Toutefois, ce tableau optimiste se heurte au mur des statistiques passées. En 2024, les collectes n’ont atteint que 30 milliards de FCFA, et le constat est encore plus alarmant à fin octobre 2025 avec seulement 20 milliards collectés face à des prévisions nettement supérieures.
Ce décalage entre la norme législative et la réalité comptable n’est pas une fatalité, mais le symptôme de failles structurelles identifiées par le ministère des Finances. Le diagnostic est sans appel : une vulgarisation insuffisante des nouveaux mécanismes, l’absence de plans de recouvrement opérationnel et une maîtrise lacunaire des procédures d’ordonnancement par les acteurs de terrain. Pour le gouvernement, le coût d’opportunité est immense : chaque milliard non collecté est une ressource soustraite aux grands projets d’infrastructure et de développement social.

Le pivot de la Circulaire N°0001877/C/MINFI
La réponse institutionnelle s’appuie sur un instrument juridique de premier plan : la Circulaire N°0001877/C/MINFI du 31 décembre 2025. Son article 102 consacre un changement de paradigme. Il n’est plus question pour le Ministre des Finances d’être un simple superviseur, mais d’agir comme un accompagnateur technique des administrations sectorielles. L’objectif est d’ériger des dispositifs de collecte efficaces pour pallier les lenteurs chroniques observées lors des exercices 2023 et 2024.
Le séminaire de Douala se veut le fer de lance de cette doctrine. Il vise à doter les maillons essentiels de la chaîne de recettes — ordonnateurs délégués, contrôleurs financiers et régisseurs — d’une expertise technique de haut niveau. Il ne s’agit plus seulement de connaître la loi, mais de maîtriser l’outil de gestion.


Une stratégie de déploiement en trois dimensions
Pour garantir l’efficacité de cette réforme, l’exécutif a structuré son intervention autour de trois axes de combat :
- La communication normative et pédagogique : La réforme mise sur une déconstruction des procédures complexes. À travers des ateliers régionaux et la distribution de supports didactiques, l’État cherche à lever les ambiguïtés qui freinent l’application des mesures nouvelles.
- Le pilotage par la donnée (Data-driven management) : L’introduction d’indicateurs de performance précis permettra de monitorer l’évolution des niches fiscales en temps réel. Cette approche de suivi-évaluation vise à identifier les goulots d’étranglement avant qu’ils ne compromettent les objectifs annuels.
- La coordination et l’ajustement agile : Rompant avec la gestion linéaire, le plan prévoit des réunions trimestrielles de régulation. Cette flexibilité permettra d’ajuster les stratégies de recouvrement en fonction des contingences économiques et des résistances identifiées sur le terrain.

Un enjeu de territorialisation
L’ambition est nationale. Le déploiement prévu dans les dix régions du pays témoigne de la volonté de briser l’inertie centralisée. En ciblant les administrations sectorielles ayant contribué à l’inscription de nouvelles recettes, le gouvernement s’assure que la responsabilité du recouvrement est partagée et non plus seulement portée par le Trésor.
En définitive, la réussite de ce séminaire et de la réforme qui l’accompagne sera le test de vérité pour la gestion des finances publiques camerounaises. Si l’État parvient à stabiliser ses recettes non fiscales, il se dotera d’un levier de croissance autonome et résilient, capable de soutenir ses ambitions de développement sans dépendre exclusivement de la fiscalité directe ou de l’endettement extérieur.
Dr Georges Martial Ngalieu
Journaliste – Écrivain
Directeur de publication
Expert consultant international en stratégie Marketing et communication politique

