DUEL AU SOMMET SUR LES QUAIS DE DOUALA : Entre directives gouvernementales et souveraineté portuaire, la bataille du scanning fait rage.

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Le Port Autonome de Douala (PAD) est-il devenu le théâtre d’une confrontation inédite entre le pouvoir réglementaire et l’autonomie de gestion ? Une correspondance du Ministre des Finances, Louis Paul Motaze, datée du 13 février 2026, vient de mettre le feu aux poudres en exigeant le rétablissement immédiat de la SGS au terminal à conteneurs. Face à cette injonction, l’autorité portuaire oppose un bouclier juridique de fer, invoquant la hiérarchie des normes et la primauté du décret présidentiel sur l’arbitraire administratif.

L’enceinte du Port de Douala-Bonabéri n’est plus seulement le poumon économique de l’Afrique Centrale ; elle est désormais le centre de gravité d’un imbroglio juridico-politique qui secoue les arcanes de la haute administration camerounaise. Au cœur de ce séisme : le contrôle de l’inspection par scanner, un segment névralgique pour la sécurité des échanges et la mobilisation des recettes douanières.

Le rappel à l’ordre du Ministre des Finances

Dans une missive d’une fermeté non équivoque datée du 13 février 2026, le Ministre des Finances (MINFI), Louis Paul Motaze, s’est fait l’écho des « directives du Premier Ministre, Chef du Gouvernement ». Le constat ministériel est sans appel : l’éviction de la Société Générale de Surveillance (SGS) par le top management du PAD est jugée illégale, car contrevenant aux stipulations du Contrat d’Inspection par Scanner (CIS) liant l’État à ce prestataire historique.

« La situation de confusion perdure, au péril de la mobilisation optimale des recettes budgétaires et de la fluidité des opérations du commerce extérieur », s’alarme le Ministre. Pour le Grand Argentier de l’État, le blocage est total. En dépit des mesures transitoires permettant l’exploitation des images de la société TransAtlantic D.SA, aucun conteneur n’est orienté vers les sites de la SGS. L’injonction finale de Louis Paul Motaze tombe comme un couperet : il demande au Directeur Général du PAD de procéder « immédiatement au rétablissement de la SGS dans l’intégralité de ses droits ». Pour le MINFI, l’État reste ouvert au dialogue avec son « instrument », le PAD, mais ce dialogue ne saurait constituer une condition préalable à la reprise des activités de la multinationale suisse.

La réplique du PAD : Le droit contre l’injonction

Si la correspondance ministérielle se veut impérieuse, la réponse qui émane de l’autorité portuaire est d’une tout autre nature. Elle se place sur le terrain glissant, mais solide, du droit administratif et de la hiérarchie des normes. Pour le PAD, cette affaire dépasse la simple gestion technique : elle interroge la définition même de l’autorité portuaire au Cameroun.

L’argumentaire du PAD repose sur un triptyque institutionnel : Autonomie, Légalité et Souveraineté.

D’une part, l’autorité portuaire rappelle que son existence et ses compétences sont gravées dans le marbre d’un décret présidentiel. Or, dans l’ordonnancement juridique camerounais, l’acte du Chef de l’État trône au-dessus des directives ministérielles ou primatoriales. « Le gouvernement peut formuler des orientations ou recommandations, mais il ne peut exiger un acte contraire à la loi ou au décret présidentiel », soutient-on du côté de Douala-Bonabéri. Pour le PAD, obtempérer à une directive administrative qui contredirait le cadre légal de l’autorité portuaire reviendrait à commettre un acte illégal, susceptible d’être frappé de nullité devant les juridictions administratives.

Une distinction sémantique capitale : État versus Gouvernement

Le point de rupture le plus fascinant de cette controverse réside dans la distinction entre « l’instrument de l’État » et « l’instrument du gouvernement ». Le PAD rejette subtilement la seconde étiquette. Être un instrument de l’État, précise l’autorité portuaire, c’est appliquer les règles émanant de la souveraineté nationale, incarnée par le Président de la République et les lois de la nation.

Se plier aux directives d’un ministre, si celles-ci heurtent le décret organique du Port, serait une dérive. Le PAD refuse donc d’être un simple exécutant des volontés politiques mouvantes si celles-ci bousculent le cadre réglementaire de la plateforme portuaire. Cette posture soulève une question de fond : jusqu’où s’arrête le pouvoir de tutelle du gouvernement sur une entreprise publique dotée d’un statut spécial ?

Les enjeux d’un bras de fer prolongé

Derrière cette joute textuelle se cachent des enjeux colossaux. D’un côté, le Ministère des Finances craint une hémorragie financière et une désorganisation des flux de marchandises si le mandat de la SGS n’est pas respecté. De l’autre, le Port de Douala semble vouloir reprendre la main sur ses propres outils de contrôle, peut-être dans une logique de souveraineté opérationnelle accrue ou pour favoriser de nouveaux partenaires jugés plus performants.

À l’heure actuelle, le terminal à conteneurs est le siège d’une coexistence fragile et tendue entre les attentes du gouvernement et la résistance légaliste du PAD. Si le Ministre des Finances demande une reprise immédiate, la direction du port, drapée dans son autonomie décrétale, semble attendre un arbitrage plus haut placé.

Dans ce climat de haute tension, le regard de tous les acteurs du commerce extérieur se tourne désormais vers le Palais de l’Unité. Seul un acte de même nature que celui ayant créé le PAD — un nouveau décret ou une instruction présidentielle directe — semble capable de dénouer ce nœud gordien. En attendant, le commerce extérieur camerounais navigue entre deux eaux, suspendu au dénouement de cette bataille de Titans sur les berges du Wouri.

Dr Georges Martial Ngalieu
Journaliste – Écrivain
Directeur de publication
Expert consultant international en stratégie Marketing et communication politique

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