Cameroun : Le virage dirigiste du MINMIDT entre assainissement de marché et souveraineté minérale.

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À l’issue d’une visite de travail hautement stratégique de trois jours dans le bassin industriel du Littoral, le professeur Fuh Calistus Gentry, ministre par intérim des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (MINMIDT), a tracé les contours d’une nouvelle doctrine économique pour le Cameroun. À Douala, poumon économique de la sous-région CEMAC, le message de l’exécutif porté par le ministre s’est voulu sans ambiguïté : l’ère de la tolérance administrative et de l’exportation brute de ressources non transformées touche à sa fin. En alliant rigueur réglementaire, assainissement des marchés de grande consommation et accélération des mégaprojets extractifs, Yaoundé entend opérer un saut qualitatif vers un modèle d’industrialisation inclusive et souveraine.

Rationalisation du tissu productif et exigence de conformité

Le premier levier de cette thérapie de choc repose sur l’élaboration d’une cartographie industrielle nationale. Cet outil de diagnostic stratégique vise à clarifier un paysage manufacturier encore pénalisé par l’asymétrie d’information, la sous-traitance opaque et la concurrence déloyale des unités clandestines. Pour le MINMIDT, il s’agit d’instituer un filtre de conformité rigoureux. Désormais, les entreprises installées sur le territoire national devront se plier sans condition aux normes en vigueur, sous peine de sanctions couperets allant jusqu’à la mise sous scellés des usines.

Cette quête de normalisation trouve son expression la plus emblématique dans l’ultimatum adressé à la filière des spiritueux. Le gouvernement a acté l’interdiction définitive et le démantèlement progressif des stocks de whiskys en sachet d’ici 2027. Cette décision, motivée par d’évidents impératifs de santé publique, vise également à contraindre les industriels locaux à une mutation technologique et qualitative majeure. En imposant des conditionnements en verre ou en bouteille certifiés, l’État force le secteur à abandonner l’informalité pour s’aligner sur les standards de la concurrence internationale.

Le pivot extractif : De la rente minière à la valorisation locale

Parallèlement à cette opération de salubrité industrielle, le Cameroun accélère sa transition métallurgique. Longtemps cantonné au rôle d’exportateur de matières premières brutes, le pays ambitionne de réécrire son destin minier à travers le projet de bauxite de Minim-Martap. Le ministre par intérim a confirmé un calendrier opérationnel strict : les premières exportations de bauxite de haute pureté débuteront en octobre 2026, avant de basculer, dès 2027, dans une phase de transformation locale en alumine.

Cette intégration verticale est cruciale pour l’économie nationale. En transformant le minerai in situ, Yaoundé espère capter la majeure partie des plus-values logistiques et industrielles, générer des emplois hautement qualifiés et accroître de manière substantielle les recettes fiscales de l’État. La bauxite camerounaise, présentée comme l’une des plus riches au monde, n’est plus seulement perçue comme une ressource d’exportation, mais comme le pivot d’un véritable pôle d’industrialisation lourde.

Restructuration d’Alucam et ambitions sous-régionales

Cette ambition de bâtir une filière intégrée de l’aluminium explique le vif intérêt suscité par la restructuration d’Alucam (Compagnie camerounaise de l’aluminium). Le MINMIDT a révélé qu’une quinzaine de consortiums internationaux ont déjà postulé pour entrer dans le capital de l’entreprise historique. À l’heure où les grandes puissances industrielles cherchent à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement en métaux stratégiques, Alucam redevient un actif hautement géopolitique.

Pour le Cameroun, l’ouverture du capital ne se résume pas à un refinancement comptable. Elle doit s’intégrer dans une dynamique de connectivité régionale, arrimant les projets d’extraction minière aux infrastructures logistiques et de production d’énergie de la sous-région. Si les investissements annoncés se concrétisent, l’Afrique centrale pourrait voir émerger un nouveau géant industriel.

La mission de Fuh Calistus Gentry à Douala marque ainsi la fin d’un cycle d’attentisme économique. En affichant sa fermeté sur la régulation et en fixant des échéances contraignantes pour les grands chantiers industriels, le Cameroun tente de transformer ses avantages comparatifs naturels en réelles capacités de production. Tout l’enjeu réside désormais dans l’exécution de cette feuille de route, où l’État devra faire preuve d’une constance sans faille pour convertir ces signaux forts en croissance tangible et durable.

Dr Georges Martial Ngalieu
Journaliste – Écrivain
Directeur de publication
Expert consultant international en stratégie Marketing et communication politique

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