Le ministre camerounais des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique (MINMIDT), le Professeur Fuh Calistus Gentry, a clôturé une mission de trois jours à Douala avec des annonces significatives qui traduisent une volonté affirmée de revitaliser le secteur industriel du pays. Au cours d’un point de presse tenu ce vendredi 26 Juin 2026, il a exposé une feuille de route audacieuse, concentrée sur la nécessité d’encadrer l’industrie extractive, de rétablir l’intégrité du marché et de dynamiser les projets créateurs de valeur.

Un Diagnostic et un Outil de Gestion : La Cartographie Nationale Industrielle
Parmi les priorités du ministre figure la mise en place d’une cartographie nationale industrielle, considérée comme un instrument essentiel pour le développement stratégique du pays. Cet outil permettra de recenser avec précision l’ensemble des installations industrielles présentes sur le territoire, d’évaluer leur statut opérationnel, et d’identifier leurs besoins spécifiques. Ce diagnostic, tant économique qu’administratif, vise à offrir une vue d’ensemble détaillée du tissu industriel, facilitant ainsi la distinction entre les opérateurs réguliers et les acteurs non conformes.
Le Pr Gentry a insisté sur le fait que cette démarche vise à créer un environnement favorable aux investissements en contribuant à la restructuration d’un secteur souvent affligé par des installations non réglementées et des pratiques de sous-traitance excessives. En ce sens, la rigueur réglementaire devient cruciale, non seulement pour protéger les acteurs légitimes, mais également pour établir un cadre de confiance à l’intention des investisseurs potentiels.

Une Rigidité Réglementaire et un Appel à la Conformité
Conjointement à la mise en œuvre de la cartographie, le MINMIDT s’apprête à renforcer l’application des normes existantes au sein du secteur. Le ministre a martelé que les entreprises doivent impérativement se conformer aux réglementations en vigueur, avec des sanctions pouvant aller jusqu’à la fermeture pour les contrevenants. Cette approche répressive est inscrite dans une logique de compétitivité accrue, où un cadre réglementaire strict est synonyme de prévisibilité et de sécurité pour les investisseurs.
Le message est clair : pour stimuler les investissements, le gouvernement doit offrir un cadre fiable et transparent. Le Pr Gentry souligne que cette rigueur, loin d’être un frein, devrait contribuer à impulser une dynamique de croissance et à attirer de nouveaux capitaux sur le marché camerounais.

Vers une Réglementation des Produits : Le Cas des Whiskys en Sachet
Un autre sujet capital abordé lors de cette mission concerne les whiskys en sachet. Le gouvernement a annoncé un calendrier de retrait progressif de ces produits jusqu’en 2027. Cette initiative s’accompagne d’une exigence de liste des produits non autorisés, dont l’objectif principal est la protection des consommateurs face à des denrées jugées nocives ou non conformes aux normes sanitaires.
Cette stratégie se veut doublement bénéfique : d’une part, elle vise à éliminer les risques pour la santé publique, et d’autre part, elle appelle les producteurs à s’ajuster et à investir dans des conditionnements conformes aux standards internationaux, tant en termes de qualité que de sécurité. Pour le MINMIDT, cette démarche ne se limite pas à interdire, mais encourage une montée en gamme de l’industrie, promouvant des produits de qualité respectant les attentes croissantes des consommateurs.

Perspectives Minières : La Bauxite comme Levée d’Industrialisation
Dans le domaine minier, le ministre a su présenter un discours empreint d’optimisme, mettant en avant les opportunités inexploitées que recèle le Cameroun. Malgré l’épuisement apparent de certaines réserves, le Pr Gentry a réaffirmé que la bauxite de Minim-Martap représente un levier déterminant pour une transformation économique significative. Attendue en première exportation pour octobre 2026, suivie par une production d’alumine projetée pour 2027, cette initiative illustre une volonté manifeste de dépasser le simple modèle d’exportation brute de matières premières.
En investissant dans des capacités de transformation locale, le Cameroun pourrait non seulement générer des emplois mais également augmenter ses recettes fiscales, tout en développant une véritable chaine de valeur sur son territoire. Le ministre n’a pas hésité à qualifier la bauxite camerounaise de l’une des plus riches au monde, un véritable aimant à investisseurs.

Alucam : Une Ouverture Stratégique
Enfin, un signal fort a été émis concernant Alucam, avec une quinzaine de sociétés internationales manifestant leur intérêt pour entrer dans le capital social de cette entreprise. Cette dynamique préfigure une vague d’intérêt croissante pour la filière aluminium, spécialement dans un climat économique où la sécurisation des chaînes de valeur est devenue une priorité pour de nombreux États et entreprises. La perspective d’une ouverture du capital d’Alucam pourrait, si elle est bien orchestrée, renforcer non seulement la compétitivité de cette entité, mais également catalyser des investissements substantiels dans l’industrie locale.

Vers une Industrialisation Durable
En résumé, la mission du Pr Fuh Calistus Gentry à Douala représente une étape déterminante pour le renforcement du secteur industriel camerounais. Sa volonté de structurer le marché, d’imposer un cadre réglementaire rigoureux et de promouvoir des industries stratégiques témoigne d’une vision claire : celle d’un Cameroun qui cherche à s’affirmer comme un acteur majeur de l’industrialisation en Afrique.
Le traitement des questions relatives aux produits sensibles comme les whiskys en sachet et l’accent mis sur les ressources extractives, tels que la bauxite, demeurent au cœur de cette ambition. Cette approche holistique, qui combine régulation stricte et promotion de la valeur ajoutée, s’avère essentielle pour transformer les ressources naturelles en leviers de croissance durable.
Le défi pour le Cameroun réside désormais dans sa capacité à dynamiser son secteur industriel tout en offrant un environnement propice aux investissements. Les intentions affichées par le MINMIDT doivent se traduire par des résultats tangibles capables d’attirer non seulement des capitaux étrangers, mais aussi de stimuler une industrie locale résiliente et compétitive.
S’orienter vers une industrialisation responsable et durable pourrait permettre au Cameroun de bénéficier non seulement d’une diversification de ses sources de revenus, mais aussi d’une amélioration significative des conditions de vie de sa population. En engageant un dialogue constructif avec tous les acteurs concernés, du gouvernement aux entreprises, le Cameroun pourrait alors se positionner en leader dans la transformation industrielle en Afrique centrale.

Ainsi, le Cameroun se trouve à un carrefour stratégique. L’heure est aux choix audacieux, aux politiques innovantes et à la mise en œuvre de stratégies qui transcendront les défis actuels pour faire émerger une industrie solide, respectueuse des normes, et dévouée à la qualité. En cultivant ces axes de progrès, le pays pourrait non seulement transformer son paysage industriel, mais aussi devenir un modèle de développement pour d’autres nations en quête de revitalisation économique.
Dr Georges Martial Ngalieu
Journaliste – Écrivain
Directeur de publication
Expert consultant international en stratégie Marketing et communication politique

