CAMEROUN : L’ABANDON DE TOKOMBÉRÉ, UN PONT FANTÔME ET LA PROMESSE BRISÉE DU PRÉSIDENT BIYA

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Cinq ans. Cinq longues années d’attente, de désespoir et de colère contenue. Cinq ans depuis que les ponts de Mizao et de Serawa, emportés par les eaux furieuses de l’Extrême-Nord, ont laissé derrière eux des populations meurtries et des promesses non tenues. Si le pont de Mizao à Maroua a finalement été reconstruit, celui de Serawa, à Tokombéré, demeure un symbole poignant de l’abandon et de la négligence dont sont victimes les habitants de cette localité.

En 2019, une urgence avait pourtant été décrétée. Une mission ministérielle, menée par la ministre de l’Habitat et du Développement Urbain, Célestine Ketcha Courtes, avait été dépêchée à Maroua et Tokombéré pour constater les dégâts causés par les pluies diluviennes. Des ponts effondrés, des populations isolées, un cri d’alarme était lancé. Face à l’urgence, 1,5 milliard de francs CFA furent débloqués sur instruction présidentielle pour la réhabilitation des deux ouvrages, le pont de Mizao et celui de Serawa.

Aujourd’hui, le pont de Mizao est une réalité. Mais à Tokombéré, l’attente se prolonge, le pont de Serawa n’existe toujours pas. La promesse présidentielle, formulée il y a cinq ans, n’a jamais été tenue. Comment comprendre qu’un tel projet, financé à hauteur de 1,5 milliard de francs CFA, puisse rester au point mort, piégeant des milliers de vies dans une situation de précarité et d’isolement ?

Ce pont n’est pas un simple passage. C’est un axe vital qui relie les populations de Tokombéré au reste du monde. Il assure la connexion entre le lycée de la ville et son hôpital, entravant l’accès à l’éducation et aux soins. Il est la passerelle vers des opportunités économiques, les échanges commerciaux et le développement de la région. Son absence signifie l’enfermement, le repli sur soi, la privation de droits fondamentaux.

« Nous avons été une fois de plus trompés. 05 ans après, on a compris que ce n’était que de la propagande. C’est désolant… » témoigne un habitant de Tokombéré, dont la colère est légitime. Les mots de cet homme sont les échos d’une frustration généralisée, d’une blessure profonde que rien ne semble apaiser.

Cette situation soulève des questions troublantes. Où sont passés les 1,5 milliard de francs CFA ? Pourquoi les travaux du pont de Serawa n’ont-ils jamais commencé ? Comment les autorités peuvent-elles rester sourdes aux appels de détresse d’une population qui se sent abandonnée et trahie ? L’incurie des responsables est d’autant plus insupportable que le pont de Serawa est un projet d’une importance cruciale pour le développement et la survie de la localité.

La population de Tokombéré, face à cet abandon, vit au quotidien la conséquence de la négligence de ceux censés la servir. L’accès aux soins, l’éducation, l’économie locale sont gravement touchés par cette situation. C’est un mépris pour la dignité humaine que cette situation de statu quo impose aux populations.

Ce dossier du pont de Serawa est devenu un symbole d’un certain mépris pour les populations de l’Extrême Nord. Une région régulièrement frappée par la misère, la pauvreté et les conflits. Les promesses, aussi fortes soient-elles, ne peuvent effacer l’amertume d’une population oubliée.

Le parti au pouvoir, qui se targue souvent d’être le garant du développement du Cameroun, est attendu sur ce sujet lors de la prochaine campagne électorale. Les populations de Tokombéré, meurtries et indignées, sauront-elles faire entendre leur voix ? Sauront-elles transformer leur colère en une force de changement ?

Le Journal la Voix de l’Afrique et le patrouilleur resteront mobilisé sur ce dossier en vous rapportant détails après détails, afin que la lumière soit faite sur cette situation inacceptable. Car cette attente n’est pas une fatalité, et qu’il est temps que les ponts de Tokombéré soient reconstruits, non seulement pour les infrastructures, mais aussi pour la dignité des populations de cette ville.

Georges Martial Ngalieu

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