AFRIQUE CENTRALE FACE AU DÉFI CLIMATIQUE : UN ATELIER À DOUALA POUR DES CDN 3.0 AMBITIEUSES ET RÉALISTES.

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L’urgence climatique appelle à une action résolue et concertée. C’est dans cet esprit que la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC) a réuni ses membres à Douala, du 7 au 10 mai, pour un atelier crucial visant à débloquer l’élaboration et la mise en œuvre des Contributions Déterminées au Niveau National (CDN) de troisième génération. Soutenu par l’Initiative pour la Transparence de l’Action Climatique (ICAT), cet événement marque une étape importante pour la région.

Alors que la date limite pour la soumission des CDN 3.0 approche, les pays d’Afrique Centrale font face à un défi majeur : aligner leurs ambitions climatiques sur les objectifs mondiaux de l’Accord de Paris. L’atelier de Douala se veut une réponse concrète à ce défi, en renforçant les capacités des États membres, en mobilisant les ressources nécessaires et en promouvant une approche plus stratégique et axée sur le développement.

*Un regard critique sur les CDN passées*

L’une des principales raisons du retard accusé par la région réside dans l’inefficacité perçue des CDN précédentes. Comme l’explique KAGONBE Timothée, Sous-Directeur du monitoring écologique et du suivi du climat au ministère de l’environnement du Cameroun, « tout le monde s’est pressé de soumettre ces CDNs, mais la mise en œuvre n’a pas suivi. » Il pointe du doigt le manque d’engagement financier des pays développés, essentiels pour soutenir les efforts climatiques des pays en développement.

Cette critique souligne la nécessité d’une approche plus pragmatique et réaliste pour les CDN 3.0. Il ne s’agit plus de simplement afficher des ambitions, mais de mettre en place des plans d’action concrets et financés, tenant compte des spécificités et des priorités de chaque pays.

*Le Cameroun mise sur un Plan National Climat ambitieux*

Face à ce constat, le Cameroun a choisi de privilégier l’élaboration d’un Plan National Climat avant de finaliser sa CDN 3.0. « C’est un document essentiel qui ressort toute la stratégie politique de lutte contre le changement climatique au Cameroun », explique KAGONBE Timothée. Ce plan, qui devrait être publié prochainement, servira de base à une CDN 3.0 plus complète et efficiente, intégrant de nouveaux engagements et des opportunités de développement.

La vision du Cameroun est claire : transformer la contrainte climatique en opportunité. « Si [nos engagements] n’apportent rien au Cameroun, nous disons qu’il faut mettre cela de côté », affirme KAGONBE Timothée, soulignant la priorité accordée au développement et au bien-être de la population. L’enjeu est d’allier les impératifs de développement et les objectifs climatiques, en particulier dans des secteurs clés comme l’agriculture, l’énergie et la gestion des déchets.

*Le Hub régional de la CEEAC : un catalyseur de l’action climatique*

Pour relever ce défi, les pays d’Afrique Centrale peuvent compter sur le Hub régional de la CEEAC, un outil essentiel pour le renforcement des capacités et le transfert d’expertise. Gervais Itsoua, coordinateur du Hub, insiste sur la nécessité d’une approche participative et inclusive : « Il n’est pas question de courir parce qu’il y a une date, mais plutôt de prendre le temps d’identifier, rassembler les registres nécessaires, faire les consultations de façon adéquate avec l’ensemble des parties prenantes. »

Le Hub régional vise à faciliter les échanges d’expérience entre les pays, à les aider à s’approprier les outils et les méthodologies nécessaires, et à éviter les écueils rencontrés par le passé, notamment la dépendance excessive à l’expertise extérieure. « Les consultants internationaux, quand ils viennent, ils font le travail et ils rentrent chez eux. Et en interne, on finit par avoir un problème d’appropriation », déplore Gervais Itsoua.

*Soutien international pour une action climatique transparente*

L’Afrique Centrale n’est pas seule dans cette démarche. L’Initiative for Climate Action Transparency (ICAT) apporte un soutien précieux aux pays en développement, en promouvant la transparence climatique et en facilitant la mise en œuvre de l’Accord de Paris.

Le Docteur Henning Wuester, Directeur de l’ICAT, salue les efforts de la CEEAC et encourage les pays d’Afrique Centrale à construire des cadres MRV (Mesure, Rapport, Vérification) à long terme. « Ici, on travaille avec les partenaires de l’Afrique Centrale pour créer un Hub régional qui peut rassembler les soutiens à la transparence climatique », explique-t’il.

*Une nouvelle ère pour l’action climatique en Afrique Centrale…???*

L’atelier de Douala marque un tournant dans l’approche de l’action climatique en Afrique Centrale. En tirant les leçons du passé, en misant sur le renforcement des capacités locales, en privilégiant une approche stratégique et axée sur le développement, et en bénéficiant du soutien international, la région se donne les moyens de relever le défi climatique et de construire un avenir plus durable.

Reste désormais à traduire ces engagements en actions concrètes, à mobiliser les ressources nécessaires et à faire preuve de leadership politique pour que l’Afrique Centrale puisse jouer pleinement son rôle dans la lutte contre le changement climatique. L’avenir de la région en dépend.

Georges Martial Ngalieu
Journaliste – Écrivain
Expert consultant international en stratégie Marketing et communication politique universelle

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