TCHAD : LE PRÉSIDENT MAHAMAT DEBY ITNO JUSTIFIE LA RUPTURE DE LA COOPÉRATION MILITAIRE AVEC LA FRANCE

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Le Président tchadien, Mahamat Idriss Deby Itno, a annoncé officiellement la rupture de l’accord de coopération militaire avec la France, justifiant cette décision historique par l’obsolescence de l’accord et la nécessité d’affirmer pleinement la souveraineté nationale. Dans une allocution télévisée sur les antennes de la nationale le lundi 02 décembre 2024, il a détaillé les raisons qui ont motivé cette rupture, insistant sur la volonté du Tchad de définir ses partenariats stratégiques en toute indépendance.

« C’est avec une forte conviction et une immense responsabilité que je m’adresse à vous », a déclaré le Président Deby, en introduction de son discours. Il a rappelé l’existence d’une coopération tchado-française multi-sectorielle de longue date, mais a souligné que la rupture concernait uniquement l’accord de coopération militaire dans sa forme actuelle. Cet accord, selon lui, « a été signé à une autre époque, avec d’autres acteurs de part et d’autre et dans un contexte tout aussi différent. » Il ne répondait plus, selon le Président, ni aux réalités sécuritaires, géopolitiques et stratégiques contemporaines, ni aux aspirations du Tchad en matière de souveraineté.

« Il est complètement obsolète, » a insisté le Président Deby. « Il ne nous apporte aucune valeur ajoutée réelle sur le terrain militaire, où nous faisons face, seuls, à des défis variés et sérieux, notamment des attaques de dimension terroriste. » Le Chef de l’État a salué la vaillance et la détermination des Forces de Défense et de Sécurité tchadiennes (FDS), mettant en avant leurs succès dans la lutte contre le terrorisme et la défense de l’intégrité territoriale du pays. « Elles ont démontré et prouvé qu’elles sont plus que capables de défendre l’intégrité de notre territoire et d’assurer la sécurité de nos concitoyens, » a-t-il déclaré.

La rupture de l’accord avec la France, selon le Président Deby, ne signifie pas une faiblesse militaire, mais au contraire, une responsabilisation accrue des FDS. « Désormais, elles sont appelées à intégrer la nouvelle donne issue de la rupture de cet accord suranné, qui dans les faits concrets ne change absolument rien, » a-t-il affirmé. « Au contraire, la rupture de cet accord doit engendrer au niveau de nos FDS plus de responsabilité, plus d’engagement et plus de concentration pour mieux défendre l’intégrité du Tchad et assurer la sécurité de ses citoyens. »

Le Président a insisté sur le caractère mûrement réfléchi de cette décision, la qualifiant de résultat d’une « réflexion approfondie et d’une évaluation minutieuse. » Il a rappelé son engagement, pris devant le peuple tchadien, de bâtir des relations internationales « réciproques et équilibrées, dans un esprit d’indépendance et de respect de la souveraineté des États. » Cette décision s’inscrit donc, selon lui, dans la continuité de ce projet de société.

« En tant qu’État souverain, fort de ses 66 ans de marche depuis la proclamation de la République, le Tchad est pleinement en droit, et même dans l’obligation, de définir librement ses relations internationales, de choisir les formes de coopération qu’il souhaite et de conduire sa politique de défense en fonction de ses priorités, » a-t-il déclaré avec fermeté. Le Président a ainsi annoncé la volonté de réorienter le partenariat avec la France vers des domaines ayant un impact plus positif sur la vie quotidienne des populations tchadiennes.

Le Président Deby a pointé du doigt deux facteurs clés ayant motivé cette décision : l’absence de réciprocité dans la coopération militaire et la nécessité de réparer les imperfections des relations internationales du Tchad. « La présence militaire française au Tchad ne se fonde pas sur une base réciproque, » a-t-il dénoncé. « Le Tchad ne doit plus accepter aux autres ce qui ne lui est pas accepté par ces autres. C’est le sacré principe de réciprocité. » Il a également souligné la nécessité pour le Tchad de « réparer les imperfections dans ses relations internationales. Choisir en toute indépendance les formes et les partenaires de sa coopération internationale selon ses priorités nationales. »

La déclaration du Président Deby Itno marque un tournant majeur dans les relations entre le Tchad et la France. Elle intervient dans un contexte régional marqué par des changements géopolitiques importants et une remise en question des partenariats militaires traditionnels dans la région du Sahel. Les conséquences de cette rupture sur la sécurité régionale et les relations bilatérales entre les deux pays restent à observer, mais le discours du Président marque clairement la volonté du Tchad d’affirmer sa souveraineté et de redéfinir ses alliances en fonction de ses propres intérêts nationaux. La déclaration n’a pas spécifié de calendrier ni de modalités concrètes concernant le retrait éventuel des forces françaises du territoire tchadien. L’attente est maintenant tournée vers les prochaines réactions de la France et de la communauté internationale face à cette décision historique.

Georges Martial Ngalieu

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