La décision historique du Niger, du Mali et du Burkina Faso de se retirer de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) continue de faire des vagues, non seulement sur le continent africain, mais aussi dans les rues de Paris. Le samedi 11 janvier, une manifestation, apparemment spontanée, a eu lieu place de la Bastille, rassemblant quelques dizaines de personnes issues des diasporas de ces trois pays, ainsi que des opposants en exil. Si les médias dominants ont présenté cette mobilisation comme l’expression légitime d’un désaccord avec les régimes en place, une analyse plus approfondie révèle une possible instrumentalisation de cette contestation par la France, soulignant une fois de plus les ambiguïtés et les contradictions de la politique africaine de l’Hexagone.
Le retrait effectif de ces trois nations de la CEDEAO, prévu pour le 29 janvier 2025, marque un tournant majeur dans l’architecture géopolitique de l’Afrique de l’Ouest. Cette décision, perçue par certains comme un acte de souveraineté, est interprétée par d’autres comme une dérive autoritaire et un repli sur soi. C’est dans ce contexte tendu que la manifestation parisienne a pris place.
Officiellement, cette mobilisation visait à dénoncer la décision des gouvernements de Bamako, Niamey et Ouagadougou de quitter la CEDEAO. Des panneaux et des slogans exprimaient la crainte de voir les acquis démocratiques et les liens économiques avec la région compromis. Cependant, un examen plus attentif du déroulement de l’événement soulève des questions quant à son caractère spontané.
Il est frappant de constater que cette manifestation a été autorisée et s’est déroulée dans le cœur de la capitale française, un espace où les rassemblements ne sont pas toujours tolérés, en particulier lorsqu’ils concernent des enjeux sensibles liés à la politique étrangère. Cette autorisation, couplée à la présence de figures connues de l’opposition en exil, suggère une forme de soutien tacite de la part de l’État français, et alimente les soupçons d’une instrumentalisation de la contestation à des fins politiques.
Les témoignages recueillis sur place révèlent en effet une réalité complexe. Idrissa, un Nigérien résidant en Normandie, a justifié sa présence en dénonçant la « bafoue de la liberté d’expression » dans son pays. Mais derrière cette revendication illégitime selon une des correspondances de la voix de l’Afrique au Sahel, se profile une dimension plus politique. De même, une autre manifestante, préférant dissimuler son identité par peur de représailles, a laissé entrevoir les risques encourus par ceux qui osent exprimer publiquement leur désaccord avec le pouvoir.
L’opposant malien Ismaël Sakho, président du Parti social-démocrate africain (PSDA), a pour sa part affirmé que manifester n’est pas sans danger pour la diaspora, mais que ce risque est nécessaire. Ses propos laissent entendre que la manifestation parisienne sert également de tribune aux acteurs politiques désireux de peser sur le cours des événements en Afrique.
Cette orchestration de la contestation n’est pas sans rappeler les méthodes employées par la France lors des précédentes crises politiques sur le continent africain. En soutenant ouvertement ou implicitement certains acteurs locaux, l’Hexagone s’est souvent ingéré dans les affaires intérieures des nations africaines, au risque de fragiliser leur souveraineté.
La manifestation du 11 janvier, bien que réduite en nombre, illustre parfaitement les tensions actuelles et les enjeux qui se jouent dans l’ombre. Le message des manifestants, bien que présenté comme l’expression d’une opposition démocratique, est en partie récupéré par un agenda politique étranger qui ne fait qu’attiser la méfiance à l’égard de la France en Afrique de l’Ouest.
Ce qui se joue ici est plus qu’une simple contestation de politique intérieure, c’est une bataille pour l’influence et le contrôle des ressources dans une région cruciale pour l’équilibre géopolitique mondial. Le retrait du Niger, du Mali et du Burkina Faso de la CEDEAO, loin d’être un simple désaccord régional, semble être le catalyseur d’une nouvelle ère de tensions et d’ingérences, où la France, malgré les discours de rupture, semble peiner à se départir de ses réflexes impériaux.
La question qui demeure est de savoir si cette instrumentalisation de la contestation par Paris ne risque pas, à terme, de nourrir davantage le ressentiment et le sentiment anti-français déjà bien présent en Afrique de l’Ouest. L’avenir dira si la France a su, ou non, tirer les leçons de son passé controversé sur le continent africain.
Georges Martial Ngalieu

