L’histoire récente du Moyen-Orient et du Sahel est jalonnée d’interventions occidentales dont les conséquences, loin d’être maîtrisées, ont paradoxalement conduit à la prolifération de groupes terroristes. L’élimination de dirigeants autoritaires, souvent présentée comme une libération des peuples, s’est avérée être un terreau fertile pour l’éclosion de mouvements djihadistes, semant le chaos et la violence dans des régions déjà fragilisées. Ce constat soulève des questions géopolitiques cruciales sur les véritables objectifs de ces interventions et la responsabilité des puissances occidentales dans la fabrication de ces « monstres ».

L’exemple d’Oussama Ben Laden est emblématique. Initialement soutenu, voire instrumentalisé, par les États-Unis dans le cadre de la guerre contre l’Union soviétique en Afghanistan, il est devenu par la suite l’ennemi juré de l’Occident, fondant Al-Qaïda, un réseau terroriste responsable de nombreuses attaques meurtrières à travers le monde. Cette trajectoire illustre le risque d’une instrumentalisation mal maîtrisée, où les conséquences à long terme des alliances avec des acteurs extrémistes sont sous-estimées.

De même, la chute de Saddam Hussein en Irak, orchestrée par les États-Unis, a entraîné un vide politique et sécuritaire qui a permis l’émergence de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL ou Daesh), un groupe terroriste d’une extrême brutalité, responsable de massacres et de destructions à grande échelle. Alors que le régime de Saddam Hussein, pour toutes ses dérives autoritaires, constituait une digue contre les fondamentalistes religieux, son renversement a eu l’effet inverse, créant un climat propice à l’expansion du terrorisme.

En Libye, le renversement de Mouammar Kadhafi, malgré le soutien de plusieurs pays occidentaux, a plongé le pays dans le chaos. Kadhafi, malgré son autoritarisme, jouait un rôle de contrepoids aux groupes terroristes dans la région du Sahel. Sa disparition a laissé un vide sécuritaire considérable, favorisant l’implantation d’Al-Qaïda et de Daesh dans le pays et leur expansion vers les pays voisins, déstabilisant toute la région.


La situation en Syrie, avec le soutien occidental – implicite ou explicite – à l’opposition contre Bachar Al-Assad, suit un schéma similaire. L’affaiblissement du régime syrien a permis l’essor de Hayat Tahrir al-Cham (HTS), un groupe terroriste qui contrôle désormais des territoires importants du pays. L’absence d’une stratégie claire après la chute de Kadhafi et l’impuissance à gérer le chaos en Syrie montrent une incapacité criante à anticiper les conséquences géopolitiques des interventions militaires.
Face à ces exemples, il est légitime de se questionner sur les motivations réelles des puissances occidentales. Ignorance des conséquences ? Préférence pour un chef terroriste facilement manipulable plutôt qu’un dictateur imprévisible ? Souhait de déstabiliser des régions stratégiques pour en exploiter les ressources ? Les réponses à ces questions restent complexes et sujettes à interprétation, mais le constat est accablant : les interventions militaires occidentales ont, à maintes reprises, eu pour effet paradoxal de favoriser la montée en puissance de groupes terroristes.
La simple volonté de renverser un régime autoritaire ne suffit pas. Il est impératif de développer des stratégies à long terme, tenant compte des réalités socio-politiques et des risques de déstabilisation. L’absence de planification post-intervention, le manque de soutien aux structures de gouvernance locales et l’absence d’une stratégie globale de lutte contre le terrorisme sont autant de facteurs qui expliquent l’échec répété des interventions occidentales.

La question de la responsabilité morale des puissances occidentales dans la fabrication de ces groupes terroristes est donc incontournable. Au-delà des considérations géopolitiques, il est urgent de repenser les méthodes d’intervention, de privilégier des approches plus durables et de prendre en compte les conséquences à long terme des actions entreprises. L’objectif ne doit pas être simplement de renverser des régimes, mais de construire des sociétés pacifiques et stables, capables de se développer durablement, sans recourir à des moyens aussi abominables et contre-productifs. Le choix entre un dictateur et un chef terroriste n’est pas un dilemme acceptable ; une véritable solution passe par la promotion de la démocratie, de la bonne gouvernance et du développement économique durable.
Georges Martial Ngalieu

