ÉLECTIONS EN AFRIQUE : QUAND L’OPPOSITION SE DRESSE CONTRE L’OPPOSITION ET NON CONTRE LE PARTI AU POUVOIR…

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En Afrique aujourd’hui, nous constatons avec regret et amertume que l’opposition se dresse contre l’opposition, laissant le pouvoir en place se repositionner tranquillement. Une opposition fragmentée, corrompue, et souvent complice du système, sape la démocratie et condamne les populations à la perpétuation d’un cycle vicieux de pauvreté et d’oppression. Cette analyse explore les mécanismes délétères de cette auto-destruction de l’opposition et ses conséquences désastreuses pour le continent.

L’image de l’opposition africaine est, hélas, trop souvent celle d’une force dispersée, affaiblie par des luttes intestines féroces qui la rendent impuissante face à un pouvoir souvent autoritaire et implacable. Au lieu d’unir leurs forces pour défier le régime en place, les partis d’opposition se livrent à une guerre fratricide, se déchirant sur des questions secondaires, voire des querelles personnelles, pendant que le pouvoir se renforce, consolidant son emprise sur le pays. Cette scène grotesque, se répétant de pays en pays, est un véritable cancer qui ronge le corps politique africain.

Le cynisme et l’opportunisme politique sont les principaux moteurs de cette guerre intestine. Des alliances tactiques, forgées sur des promesses creuses et des arrangements financiers occultes, se brisent comme du verre sous la pression des ambitions personnelles. Les « chefs » d’opposition, souvent plus préoccupés par leur propre ascension que par le bien-être de leurs populations, négligent l’intérêt collectif au profit d’intérêts mesquins et égoïstes. La course effrénée aux postes de pouvoir, au financement des campagnes électorales souvent financées par des intérêts étrangers ou des oligarques locaux, conduit à des compromissions inacceptables qui discréditent toute l’opposition.

On assiste alors à un spectacle désolant : des accusations mutuelles virulentes, des procès en sorcellerie politique, des alliances et des trahisons qui se succèdent à un rythme effréné, le tout orchestré dans une cacophonie médiatique assourdissante. Pendant ce temps, le parti au pouvoir, observateur privilégié de ce chaos organisé, profite de la division pour peaufiner ses stratégies de maintien au pouvoir, utilisant souvent la force, la fraude électorale, et la manipulation des médias d’État pour consolider son emprise. La population, lasse et désabusée, assiste à ce spectacle macabre, son espoir d’un changement véritable s’amenuisant de jour en jour.

Les conséquences de cette paralysie de l’opposition sont désastreuses. La gouvernance devient opaque, la corruption s’installe profondément dans les structures de l’État, les droits humains sont bafoués, et la pauvreté s’accroît. L’absence d’une opposition crédible et unie empêche tout véritable contrôle du pouvoir, laissant libre cours aux dérives autoritaires. Le développement économique et social est entravé, car les priorités des dirigeants restent axées sur le maintien au pouvoir plutôt que sur le progrès du pays. La confiance dans les institutions politiques s’effondre, laissant place au désespoir et à la frustration.

Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène de l’autodestruction de l’opposition. L’héritage des régimes autoritaires, qui ont pendant des décennies étouffé toute forme d’opposition, laisse des cicatrices profondes dans le paysage politique. La faiblesse des institutions démocratiques, souvent corrompues ou sous le contrôle du pouvoir en place, rend difficile la création d’un espace politique équitable et transparent. Le manque de ressources financières, l’absence d’un véritable soutien de la communauté internationale, et le faible accès aux médias rendent la tâche de l’opposition encore plus ardue.

Mais l’inertie de la société civile, la passivité d’une partie de la population face aux dérives du pouvoir et le manque de volonté des leaders politiques à dépasser les calculs égoïstes sont également des facteurs essentiels à prendre en compte. L’absence d’une culture politique démocratique ancrée, où le respect des règles du jeu et la primauté de l’intérêt collectif sont des valeurs cardinales, entretient ce cycle infernal.

Pour inverser la tendance, une profonde transformation est nécessaire. L’opposition africaine doit dépasser ses divisions et trouver un terrain d’entente sur les valeurs et les objectifs fondamentaux. La création de plateformes de dialogue et de coordination entre les différents partis d’opposition est indispensable. Il est crucial de mettre en place des mécanismes de transparence et de responsabilisation au sein des partis politiques, afin de lutter contre la corruption et le clientélisme. Le renforcement des capacités des acteurs politiques et la promotion de la culture démocratique sont également des éléments essentiels.

De plus, la société civile doit jouer un rôle plus actif dans la surveillance du pouvoir et dans la promotion de la bonne gouvernance. La communauté internationale a également une responsabilité importante à jouer en soutenant les initiatives de renforcement de la démocratie et en exerçant une pression sur les régimes autoritaires. La lutte contre l’impunité pour les crimes politiques et économiques est essentielle. Sans cela, la promesse d’élections libres et justes, qui permettraient enfin la création d’une véritable opposition et le triomphe de la démocratie, reste une chimère.

L’autodestruction de l’opposition africaine est un symptôme grave d’une maladie profonde qui ronge le continent. Ce n’est pas seulement un problème politique, mais un problème sociétal qui touche à l’essence même de la démocratie. Si rien n’est fait pour inverser la tendance, l’Afrique restera prisonnière d’un cycle de pauvreté, d’instabilité et d’oppression. Le combat pour la démocratie en Afrique passe par une indispensable réconciliation interne au sein de l’opposition, une exigence de transparence et de responsabilité, et une prise de conscience collective de la nécessité d’une action unie pour un changement véritable. L’avenir du continent en dépend.

Par Georges Martial Ngalieu

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