Le divorce est consommé. L’Alliance des États du Sahel (AES), composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger, a réaffirmé de manière catégorique sa décision de claquer la porte de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Cette déclaration sans équivoque, relayée par l’Office de Radiodiffusion Télévision du Mali (ORTM), met fin aux espoirs de certains quant à un possible retournement de situation. Et comme si cela ne suffisait pas, l’AES a également sèchement rejeté la proposition d’une période de transition de six mois avancée par la CEDEAO, laissant planer l’idée d’une sortie immédiate et sans concession.
Cette annonce tonitruante survient après des mois de tensions croissantes entre les trois États sahéliens et l’organisation régionale. Il faut dire que les relations n’ont jamais été au beau fixe. Les putschs successifs à Bamako, Ouagadougou et Niamey ont poussé la CEDEAO à brandir l’arsenal des sanctions, exacerbant un sentiment d’incompréhension et d’injustice au sein des populations concernées. On se souvient des frontières fermées, des échanges commerciaux entravés et du gel des avoirs des états sahéliens. Pour les dirigeants de l’AES, ces mesures ont été perçues comme des ingérences inacceptables, une atteinte à leur souveraineté et une démonstration flagrante de l’incapacité de la CEDEAO à résoudre les problèmes de fond de la région.

La création de l’AES a sonné comme une réponse à ce qu’ils considèrent comme un diktat de la CEDEAO. L’idée derrière cette alliance, pour les présidents Assimi Goïta (Mali), Ibrahim Traoré (Burkina Faso) et Abdourahamane Tiani (Niger), est de créer un bloc régional plus adapté à leurs besoins et à leurs réalités. Les préoccupations sécuritaires, notamment la lutte contre le terrorisme, et les aspirations à une plus grande autonomie politique et économique ont été les moteurs de ce rapprochement.
La décision de quitter la CEDEAO n’est donc pas un simple coup de tête, mais le résultat d’une réflexion mûrement pesée. C’est un acte fort qui témoigne de la détermination de ces trois pays à tracer leur propre voie. Il faut bien se dire qu’ils veulent une coopération qui soit à leur image, plus solidaire et plus respectueuse de leurs spécificités.
La réaction de la CEDEAO ne s’est pas faite attendre. L’organisation s’est déclarée « déçue » et a tenté une dernière manœuvre de conciliation en proposant une période de transition de six mois. Cette proposition, considérée par certains comme une bouée de sauvetage, a été balayée d’un revers de main par l’AES, qui y a vu une tentative de gagner du temps et de maintenir un statu quo qu’elle refuse. L’heure n’est plus aux négociations, mais à l’acte.
Les conséquences de cette sortie sont encore difficiles à mesurer. Sur le plan économique, les trois pays pourraient se retrouver confrontés à des défis importants, notamment en ce qui concerne les échanges commerciaux avec leurs voisins. En outre, leur positionnement géopolitique pourrait être fragilisé dans une région déjà minée par les conflits.



Cependant, les dirigeants de l’AES semblent croire en leur étoile et sont déterminés à aller de l’avant. Ils misent sur un renforcement de leur coopération mutuelle et sur de nouveaux partenariats, notamment avec d’autres acteurs régionaux et internationaux, pour compenser les pertes liées à leur retrait de la CEDEAO.
Il ne faut pas se cacher que cette décision de l’AES est un signe révélateur des tensions qui traversent l’Afrique de l’Ouest. La CEDEAO, autrefois symbole d’intégration et de solidarité, est aujourd’hui confrontée à une crise de confiance sans précédent. Il est clair que cette organisation devra repenser son fonctionnement et ses objectifs si elle veut éviter de nouvelles défections et retrouver sa crédibilité auprès des populations ouest-africaines.
Le départ de l’AES marque une rupture importante dans l’histoire de la CEDEAO. Il soulève des questions fondamentales sur le modèle d’intégration régionale et sur la manière dont les organisations régionales doivent interagir avec les États membres. L’avenir de la CEDEAO, comme celui de l’AES, est désormais incertain, mais une chose est sûre : l’Afrique de l’Ouest entre dans une nouvelle ère, marquée par la reconfiguration des alliances et l’affirmation de nouvelles dynamiques de pouvoir.
LAlliance des États du Sahel a acté sa sortie de la CEDEAO. L’espoir d’une prolongation, même de six mois, est désormais caduc. Il n’y aura donc pas de retour en arrière et l’AES va poursuivre sa route, coûte que coûte, avec l’espoir de devenir un bloc régional puissant et incontournable.
Georges Martial Ngalieu

