POUR UN CAMEROUN OÙ AUCUN ENFANT N’APPREND LE VENTRE VIDE : L’Impératif d’Investir dans l’Alimentation Scolaire.

0
126

Dans un pays où l’éducation est une clé essentielle pour le développement, il est alarmant de constater qu’au Cameroun, des milliers d’enfants, chaque jour, franchissent le seuil de leur école sans avoir pris un repas. Se retrouver face à une classe les estomacs vides n’est pas simplement une anecdote ; c’est la réalité tragique qui impacte la concentration, la capacité d’apprentissage et le bien-être global des jeunes apprenants. Comment espérer qu’ils réussissent académiquement quand leur santé physique et mentale est compromise par la faim ?

L’alimentation scolaire ne devrait pas être considérée comme un simple service, mais comme un investissement stratégique dans notre capital humain. C’est un déterminant majeur de la réussite éducative et un levier puissant dans la lutte contre l’insécurité alimentaire et nutritionnelle. Ce système, lorsqu’il est bien exploité, peut agir efficacement sur plusieurs fronts : l’éducation, la santé, l’agriculture et le développement local.

Un Enjeu Sociétal Trop Souvent Sous-Estimé

Les bienfaits des cantines scolaires sont nombreux et bien documentés. Elles améliorent non seulement la concentration et la mémorisation, mais elles favorisent également la présence en classe. En outre, elles sont un rempart contre diverses formes de malnutrition, qu’il s’agisse de sous-nutrition ou de carences en micronutriments, qui entravent le développement cognitif des enfants et compromettent leur avenir.

Malgré ces avantages indéniables, les statistiques révèlent une réalité préoccupante : à peine 2,8 % des élèves du primaire bénéficient d’un repas chaud dans les écoles camerounaises. Face à des indicateurs de malnutrition alarmants, notamment un retard de croissance de 29 %, une prévalence de l’obésité infantile à 11 % et une anémie touchant 57 % des enfants de moins de cinq ans (d’après l’Enquête démographique et de santé 2018), il est légitime de se demander si nous faisons suffisamment face aux défis nutritionnels que rencontrent nos jeunes générations.

La Stratégie Nationale : Une Lueur d’Espoir

Le Cameroun a pris des engagements clairs à travers sa Stratégie nationale d’alimentation scolaire, qui fait de la cantine un moteur crucial pour l’économie rurale en tissant des liens directs avec la production locale. Ce modèle innovant contribue non seulement à soutenir les petits producteurs, mais il permet aussi de diversifier les marchés agricoles tout en renforçant la résilience des communautés face à l’inflation alimentaire.

Désormais, la cantine ne se limite plus à un simple lieu de restauration. Elle devient un espace d’apprentissage où les enfants acquièrent des habitudes alimentaires saines, essentielles pour leur santé future. Dans ce cadre, un écosystème se crée où l’agriculture, la nutrition, l’éducation et le développement local interagissent de manière synergique.

Les Initiatives de la FAO : Promouvoir une Alimentation Scolaire Durable

En 2025, la FAO a joué un rôle déterminant dans le déploiement d’un modèle intégré dans les régions de l’Est et du Sud du Cameroun. Avec le projet « Promotion d’une production innovante, ludique et éducative pour une alimentation saine et nutritive en milieu scolaire », dix-huit jardins scolaires ont été créés, produisant des quantités significatives de légumes, d’œufs et de poissons.

L’impact de ces initiatives est tangible : chaque semaine, un repas sain est servi à 10 833 élèves, tout en sensibilisant les communautés et les enseignants aux techniques agricoles durables, à l’hygiène et à la nutrition. Les résultats confirment son efficacité : diminution des absences scolaires, hausse de 2 % de la fréquentation et amélioration de l’environnement alimentaire à travers la formation de 48 restauratrices.

Un Appel à Agir

Malgré ces avancées louables, il est crucial de reconnaître que les besoins en matière d’alimentation scolaire demeurent immenses. Cette problématique doit désormais être pensée comme une obligation nationale, transcendant les actions pilotes. Car chaque repas distribué ne représente pas seulement une simple ration, il incarne une opportunité d’apprendre, il est un véritable rempart contre la malnutrition, et constitue un investissement incontournable pour bâtir un avenir plus productif, sain et équitable pour notre nation. L’engagement de tous, gouvernement, partenaires, et société civile, est essentiel pour garantir qu’aucun enfant au Cameroun n’apprenne le ventre vide.

Dr Georges Martial Ngalieu
Journaliste – Écrivain
Directeur de publication
Expert consultant international en stratégie Marketing et communication politique

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici