Alors que les crises sécuritaires, sanitaires et économiques redessinent la cartographie des vulnérabilités, les violences basées sur le genre (VBG) s’imposent comme une épidémie silencieuse mais dévastatrice. Maître Mafetgo Clémence, avocate au Barreau du Cameroun, a la Cours Pénal international et figure de proue de la défense des droits humains, livre un diagnostic sans concession sur cette « hydre » qui mute, s’infiltre dans le numérique et se nourrit du silence des zones de conflit.
Les violences basées sur le genre (VBG) représentent aujourd’hui l’une des violations les plus insidieuses des droits humains à l’échelle mondiale. Elles touchent de manière disproportionnée les femmes et les filles, s’inscrivant dans un continuum de violences qui revêt diverses formes : physiques, sexuelles, psychologiques, économiques, et plus récemment numériques. Ces dernières années, la situation s’est particulièrement détériorée, exacerbée par des crises sanitaires, sécuritaires et économiques sans précédent.

Une Recrudescence Préoccupante des Violences Basées sur le Genre
Maître Mafetgo dresse un constat alarmant : « Les périodes de crise, comme celle que nous avons connue avec la pandémie de COVID-19, ont été propices à une augmentation significative des violences domestiques. L’Organisation des Nations unies a qualifié ce phénomène de « pandémie de l’ombre », et le Cameroun n’y échappe malheureusement pas. » Elle souligne que les confinements ont non seulement isolé les victimes, mais ont également exacerbé les tensions familiales, créant un terreau fertile pour la violence entre partenaires intimes.
Dans certaines régions du pays, en proie à des conflits armés tels que l’Extrême-Nord, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, les femmes et les jeunes filles subissent des violences sexistes alarmantes. « Le viol est utilisé comme arme de guerre, et les taux de violence sexuelle atteignent des niveaux critiques », relève-t-elle. La destruction des infrastructures et la peur omniprésente ne font qu’aggraver la situation, limitant l’accès des victimes aux soins de santé et à la justice. Cette réalité sombre se double d’une hausse des mariages précoces et forcés, conséquence directe de la détresse économique amplifiée par la crise.
L’Émergence de Nouvelles Formes de Violences
Maître Mafetgo attire également notre attention sur l’essor des nouvelles formes de violence, exacerbées par l’usage croissant des technologies numériques. « La technologie, qui devrait faciliter la communication, devient parfois un instrument de violence : le cyberharcèlement, la diffusion non consensuelle d’images intimes, et le chantage sexuel en ligne sont autant de nouvelles manières de perpétrer des violences basées sur le genre. Il est crucial de comprendre que cette violence ne connaît pas de frontières géographiques et peut se manifester tant dans l’espace virtuel que physique, créant un continuum dangereux. »
Ce phénomène complexe, selon elle, complique la tâche des défenseurs des droits et exige une adaptation urgente du cadre juridique existant. « La loi doit évoluer pour tenir compte des réalités numériques et protéger les victimes de ces abus – il ne s’agit plus seulement d’agir dans le monde matériel, mais aussi dans les espaces virtuels où se déroulent de nombreuses agressions. »
Une Sous-Déclaration Persistante des Violences
Malgré la hausse apparente des cas signalés, Maître Mafetgo met en lumière un problème persistant de sous-déclaration des violences basées sur le genre. « Beaucoup de victimes restent silencieuses, paralysées par la peur des représailles, la dépendance économique, la stigmatisation sociale ou un manque de confiance dans le système judiciaire », explique-t-elle. Cette situation contribue à l’invisibilité de la violence, rendant la tâche des intervenants encore plus difficile.

Vers une Protection Renforcée des Victimes
La question cruciale demeure : quelles mesures le gouvernement devrait-il mettre en place pour mieux protéger les victimes, surtout en temps de crise ? Maître Mafetgo a des idées précises. Selon elle, il est impératif de renforcer les mécanismes d’assistance aux victimes, tant sur le plan juridique que psychosocial. « Le gouvernement doit créer des centres d’accueil adaptés, où les victimes peuvent trouver refuge, soutien psychologique, et assistance juridique », suggère-t-elle.
En parallèle, une campagne de sensibilisation nationale sur les violences basées sur le genre est essentielle pour briser le cycle de la stigmatisation et du silence. « Il faut éduquer la population sur les droits des victimes et sensibiliser les communautés pour transformer les mentalités », conclut-elle.
Enfin, Maître Mafetgo appelle à une volonté politique réelle et à une collaboration renforcée entre les institutions, la société civile et les acteurs communautaires.
La lutte contre les violences basées sur le genre au Cameroun nécessite une attention urgente et concertée. L’ampleur du problème,
la diversité des formes de violence et les défis liés à leur déclaration, tout cela diffuse une réalité troublante qui requiert des actions immédiates. Maître Mafetgo Clémence met bien en lumière l’importance d’une approche holistique qui ne se limite pas à des mesures réactives, mais qui vise à éradiquer les racines de ces violences.
Une Approche Holistique et Inclusive
Pour que les efforts de lutte soient véritablement efficaces, il est essentiel d’adopter une approche intégrée, impliquant non seulement les autorités, mais l’ensemble de la société. « Cela doit être une responsabilité partagée », insiste-t-elle. « Chaque acteur, du gouvernement aux organisations non gouvernementales (ONG), en passant par les médias et les communautés locales, doit se sentir concerné et mobilisé. » Cette vision doit également prendre en compte les hommes et les garçons non pas comme des ennemis, mais comme des partenaires potentiels dans la lutte contre la violence de genre.
Maître Mafetgo appelle à une éducation de masse sur l’égalité des genres, ciblant les jeunes dès l’école pour défaire les stéréotypes qui perpétuent les inégalités. « En reformant les programmes scolaires pour y intégrer des modules sur le respect mutuel, la consentement, et l’égalité des sexes, nous préparerons les générations futures à être des acteurs du changement », déclare-t-elle.
Renforcement des Cadres Juridiques
Sur le plan légal, des réformes sont nécessaires pour aligner la législation camerounaise avec les engagements internationaux en matière de droits des femmes. « Il est crucial que le cadre légal intègre des dispositions spécifiques pour les nouvelles formes de violence, notamment celles qui émergent dans le contexte numérique », souligne Maître Mafetgo. Un cadre juridique robuste non seulement protège les victimes, mais dissuade également les agresseurs.
Dans cette optique, la mise en place de tribunaux spécialisés et la formation de juges et de personnel judiciaire sur les violences de genre peuvent favoriser un traitement plus juste et rapide des cas de VBG. De telles initiatives contribueraient à renforcer la confiance des victimes dans le système judiciaire, encourageant davantage de femmes à dénoncer les violences qu’elles subissent.

Un Appel à l’Action
Il est essentiel que la violence basée sur le genre soit reconnue non seulement comme un problème individuel, mais comme un enjeu sociétal qui nécessite des solutions systémiques. Maître Mafetgo Clémence, par ses réflexions, nous met en garde contre l’oubli de cette lutte. « Nous ne pouvons pas nous permettre d’ignorer cette problématique grave qui touche nos communautés dans leurs profondeurs. Chaque violence subie par une femme est une atteinte à notre humanité collective. »
L’appel à l’action est plus urgent que jamais. Au Cameroun, les défis sont immenses, mais les possibilités de changement le sont tout autant. En unissant forces, ressources et volontés, nous pouvons espérer un avenir où les femmes et les filles vivent sans crainte de violence, où leurs droits sont pleinement respectés, et où l’égalité de genre devient une réalité tangible. La route est encore longue, mais chaque pas compte. Mobilisons-nous pour faire de l’éradication des violences basées sur le genre une priorité nationale incontournable.
Parce qu’au bout du chemin, c’est la dignité humaine, l’équité, et la liberté qui sont en jeu.
Dr Georges Martial Ngalieu
Journaliste – Écrivain
Directeur de publication
Expert consultant international en stratégie Marketing et communication politique

